Fin de la mission Sophia : l’UE condamne les migrants

03 Avril 2019

Les navires militaires européens qui pouvaient secourir des migrants à la dérive en Méditerranée centrale, entre la Libye, Malte et les îles italiennes, sont rentrés au port. L’Union européenne vient en effet de mettre fin à leur mission.

Cette opération, dite Sophia, avait été mise en place en 2015 après la série de naufrages catastrophiques où 700 migrants au moins avaient trouvé la mort. Même si leur mission officielle était de combattre les activités des passeurs, les marins européens ont tout de même sauvé 45 000 migrants en détresse durant ces quatre années. D’après l’amiral italien responsable des opérations, cela représente un dixième des personnes sauvées en Méditerranée centrale dans cette période, les autres ayant été accueillies sur les bateaux des ONG. Et l’amiral d’ajouter « si notre mission avait été le sauvetage, on en aurait sauvé 500 000 ».

Avant l’arrivée de l’extrême droite aux affaires à Rome, les migrants recueillis en mer étaient conduits en Italie. Les gouvernants français quant à eux n’ont pas été avares de leçons de morale. Ils ont bien voulu envoyer un bateau et même participer au financement des opérations mais ont généralement refusé d’accueillir les naufragés.

Sous la pression du ministre italien Salvini, dont la chasse aux migrants est le fonds de commerce, et avec l’accord tacite des dirigeants européens, l’Union a maintenant quasiment interdit la mer aux bateaux des ONG. En même temps elle équipait et payait les garde-côtes libyens pour faire la chasse aux migrants, les ramener de force en Libye éventuellement et s’assurer en tout cas qu’ils ne parviennent pas en Europe. L’Italie a fermé ses ports à tous les navires où se trouvent des migrants, y compris à ses propres garde-côtes. Les navires de l’opération Sophia ont cessé de porter secours aux migrants en détresse depuis l’été 2018. Puis les pays de l’Union ont retiré leurs bateaux les uns après les autres jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’une frégate italienne. Cette dernière vient à son tour de quitter la zone.

L’Union européenne prétend poursuivre la mission Sophia dans la mesure où elle maintient des patrouilles aériennes et les aides à la formation des garde-côtes libyens. C’est tout juste de quoi évaluer le nombre de nouveaux morts que sa politique va entraîner.

Paul GALOIS