Chômage et propagande : la ministre Pénicaud cumule les emplois

03 Avril 2019

Le Premier ministre et sa ministre du travail Muriel Pénicaud avaient affirmé de concert qu’un chômeur sur cinq gagnait plus avec son allocation qu’en allant travailler.

Un mois après cette déclaration, Pôle emploi et l’Unedic, deux organismes publics recensant les demandeurs d’emploi, donnent chacun leur version de l’affaire. Pôle emploi confirme les dires ministériels, l’Unedic les infirme. Mais aucun, pas plus que les commentateurs, ne va au fond de l’affaire.

Tout d’abord les chômeurs ne sont pas apparus un beau matin. Le chômage de masse est le produit des vagues de licenciements dans le privé et des suppressions de postes dans le public. Il est donc le résultat d’une politique consciente du grand patronat et de l’État à son service. En résultat de quoi il y a près de six millions de chômeurs en France.

Ensuite, seulement 2,7 millions de demandeurs d’emploi perçoivent une allocation de chômage. Pour la moitié d’entre eux elle est inférieure à 860 euros par mois. Alors, la seule chose à dire est que l’écrasante majorité de ceux qui sont sans emploi n’ont pas de quoi de vivre !

Mais la ministre veut quand même aller voler dans leurs poches. Sa campagne antichômeurs s’appuie sur des comparaisons entre les différentes façons de manger de la vache enragée. Par exemple, quelqu’un qui a travaillé en CDI à mi-temps, au smic, douze mois de suite, touche 740 euros pendant un an s’il perd son emploi. Un autre, qui a travaillé à temps plein, mais seulement avec des contrats de quinze jours chaque mois durant les douze derniers mois, touchera au chômage 900 euros, pendant six mois. Et la ministre, ex- haut cadre du privé à qui la seule suppression de l’ISF rapporte 62 000 euros par an, qui ne dépense pas un fifrelin de son royal salaire, discute savamment du sort de ceux qui vivent avec un demi smic, en travaillant…

En fait, la campagne de Muriel Pénicaud prépare l’opinion à une nouvelle attaque contre les chômeurs. Il s’agirait d’économiser trois ou quatre milliards d’euros à leurs dépens dans les deux ans qui viennent. Il s’agit aussi, et c’est plus pernicieux, de renforcer les préjugés contre les chômeurs. La ministre, et au-delà le gouvernement et le patronat, voudraient opposer la fraction du monde du travail qui est contrainte de vivre d’allocations tout ou partie du temps à celle qui, pour l’instant, conserve un emploi en CDI.

Les travailleurs, au contraire, doivent mettre en avant leur communauté d’intérêts quelle que soit la diversité des situations. Contre le chômage, pour défendre leur existence matérielle comme pour affirmer leur conscience de classe, ils devront revendiquer l’interdiction des licenciements et la répartition du travail entre tous les bras disponibles, sans diminution de salaire.

Paul GALOIS