Retraites : pas d’accord pour travailler plus longtemps

27 Mars 2019

Depuis qu’Agnès Buzyn, ministre de la Santé, a ouvert la polémique sur le recul de l’âge de départ à la retraite, plusieurs membres du gouvernement ont ajouté leur mot à la cacophonie sur le sujet.

Le maintien de l’âge légal de départ à 62 ans étant un engagement de campagne de Macron, le Premier ministre, Édouard Philippe, a assuré qu’il n’est pas question de le modifier dans le cadre de la réforme des retraites. Mais il a précisé que, dans le cadre du financement de la dépendance, la question de savoir s’il faut travailler plus longtemps serait selon lui parfaitement valide. Pour Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement, « c’est une question qui est à la concertation », ce qui signifie que le recul de l’âge de départ est bien à l’étude. À son tour Gérald Darmanin, ministre des Comptes publics, trouve que le recul au-delà de 62 ans est « une proposition très courageuse ».

Qu’il repousse ou non cet âge légal, la nouvelle attaque contre les retraites des travailleurs que prépare le gouvernement risque de se traduire par un départ plus tardif. Beaucoup de travailleurs partent déjà à la retraite au-delà de 62 ans car, avec l’augmentation de la durée de cotisation, ils doivent continuer pour éviter d’avoir une décote, certains jusqu’à 67 ans.

À l’inverse, bien des travailleurs arrêtent de travailler bien avant 62 ans, parce qu’ils ont été licenciés, ou à cause de problèmes de santé. Ils se retrouvent alors pendant plusieurs années au chômage ou en invalidité, avant de percevoir, au moment de leur départ en retraite, une toute petite pension.

Selon les gouvernants, l’espérance de vie ayant augmenté, ainsi que le nombre de retraités, qui vivent plus longtemps, il serait nécessaire de travailler plus longtemps pour financer ces retraites. Mais c’est un mensonge, car la productivité du travail a tellement augmenté que les richesses produites seraient largement suffisantes pour financer une vie digne pour tous les retraités, si les gains de productivité n’étaient pas accaparés par la bourgeoisie. D’autre part, l’espérance de vie en bonne santé n’augmente pas, elle est de 64,1 ans pour les femmes, et de 62,7 ans pour les hommes, ce qui laisse bien peu de temps pour profiter sereinement de sa retraite, quand on n’est pas obligé de continuer à travailler plusieurs années, malgré une mauvaise santé. Et ces moyennes cachent des différences importantes entre l’espérance de vie en bonne santé d’un ouvrier et celle d’un cadre supérieur.

Alors, reculer encore l’âge de départ à la retraite serait une mesure scandaleuse, qui ne pourrait qu’aggraver la situation.

Hélène COMTE