Plastiques : le capitalisme, ça pue, ça pollue…

27 Mars 2019

Une baleine à bec vient d’être retrouvée morte sur une plage des Philippines. Son estomac étant rempli de 40 kilos de plastiques divers, elle ne pouvait plus s’alimenter. C’est un triste symbole de ce septième continent mortifère, constitué de cinq énormes zones de déchets plastiques dérivant en pleine mer, dans le Nord-Pacifique, l’océan Atlantique et l’océan Indien.

Depuis quelques semaines, un rapport de l’ONG WWF a mis en lumière, une fois encore, l’étendue des dégâts actuels et futurs liés à l’industrie du plastique, certes, mais surtout à l’irresponsabilité de ceux qui s’en enrichissent, fabricants, industriels et distributeurs qui en usent et abusent. La dénonciation de la pollution des îles Galapagos par des tonnes de déchets plastiques dérivant du continent, du fait que leurs cormorans nidifient dans les amas de couches-culottes, a mis l’accent sur l’étendue de cette pollution.

Parallèlement aux dénonciations, des amorces de solutions sont suggérées, d’abord pour tenter de résorber ces 200 000 tonnes de déchets, ensuite pour limiter l’inflation d’emballages plastiques, dont certains mettent des centaines d’années à se dégrader. Les microparticules, encore plus dangereuses pour la vie marine et la santé humaine, se retrouvent dans la chair animale, le sel de table, l’eau douce et… les organes humains.

Les solutions vont de la collecte maritime par le navire Ocean Cleanup et son fragile dispositif flottant de 600 mètres de long, rapidement rompu, et du ramassage sur les plages et dans le lit des rivières, aux inventions se voulant alternatives aux emballages plastiques. Ainsi fleurissent les assiettes comestibles après usage, le dentifrice en pastilles, l’eau potable en bulle constituée d’algues, comme les plus classiques vêtements de plastique recyclé, les habitations construites en bouteilles remplies de sable et de paille, ou l’échange de bouteilles vides contre quelque menue monnaie ou contre des centimes sur une carte de transport.

Mais derrière ces idées sympathiques ou farfelues se dissimule le scandale. Pendant que de gentils volontaires ramassent quelques tonnes de déchets, n’importe quel groupe capitaliste peut décider de lancer sur le marché un produit qui en engendre des centaines de milliers. Les groupes capitalistes aux déclarations vertueuses et aux promesses ronflantes, les PepsiCo, Nestlé, aux profits aussi colossaux que leur influence, refusent de réduire la quantité d’emballages plastiques qu’ils mettent sur le marché. Coca-Cola, le n°1 mondial des boissons gazeuses, se vante de ses profits quintuplés en 2018 mais n’a de cesse de contrer les législations sur le tri et le recyclage. Les bas prix du pétrole garantissent les bas prix des emballages de plastique vierge. Quant à recycler, cela coûte, l’industrie du recyclage n’apparaît pas suffisamment rentable aux capitalistes, et c’est la collectivité publique qui en supporte principalement le prix. Alors que la moyenne européenne du recyclage du plastique est de 41 %, le groupe PlasticsEurope des producteurs de plastique n’en retraite en France que 20 %. Toujours au nom de la rentabilité, l’entreprise Citeo, chargée de collecter la contribution des entreprises qui produisent les emballages, peut gonfler sa trésorerie, selon Le Canard enchaîné, en conservant les sommes destinées aux communes quand les collectes municipales de tri n’atteignent pas les objectifs du Grenelle de l’environnement.

Culpabiliser la population est facile, et surtout permet de brouiller les pistes. Mais, en suivant celle du profit, on trouve les gouvernements prompts à bavarder, aux ordres d’un grand patronat intouchable. C’est pourtant sur ses profits qu’il faudra prendre pour payer le recyclage et le nettoyage, avant que d’autres systèmes de distribution ne leur soient imposés.

Viviane LAFONT