Macron et le pouvoir algérien : la stabilité pour les affaires !

13 Mars 2019

Au lendemain du renoncement à un cinquième mandat du président algérien Bouteflika, le 12 mars, Macron a salué « la décision du président Bouteflika, qui signe une nouvelle page » de l’histoire algérienne, appelant à « une transition d’une durée raisonnable ». Qu’en termes choisis ces choses-là sont dites !

Depuis le début des manifestations en Algérie, les représentants de l’État français, Macron, le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves le Drian et autres, étaient restés particulièrement silencieux. Il n’y a pas eu de déclarations enthousiastes comparables à celles faites à propos des manifestations contre le pouvoir du président vénézuélien Maduro. La raison officiellement avancée à cette prudence serait le souci de ne pas s’ingérer dans les affaires d’un pays ami, ce qui pourrait être mal interprété venant de l’ancienne puissance coloniale. Comme si les représentants de l’impérialisme français se gênaient pour intervenir dans les affaires de leurs anciennes colonies !

Les dirigeants français ne veulent surtout pas mettre de l’huile sur le feu de la révolte. Ils savent que même si la guerre d’Algérie s’est terminée il y a presque soixante ans, les années de guerre, les ratissages, les tortures n’ont pas été oubliés par la population algérienne. « Nous ferons tout pour accompagner l’Algérie dans cette transition, avec amitié et avec respect », a déclaré Macron. Les termes sont choisis, mais ils signifient quand même que les autorités françaises vont œuvrer à leur manière, en s’assurant que les changements n’affectent pas la « paix et la stabilité » du pays, comme dit Le Drian. Mais elles vont le faire discrètement, dans les coulisses, car elles savent qu’il vaut mieux éviter que le pouvoir algérien apparaisse trop ouvertement inféodé à l’impérialisme, français en particulier.

Beaucoup de capitalistes français font des affaires en Algérie. Elles ont besoin pour être fructueuses d’un pouvoir stable et d’une population qui lui soit soumise. Les dirigeants politiques français espèrent en fait la même chose que les dirigeants algériens : qu’un changement de personnel politique suffise à calmer la rue, pour que les affaires des uns et des autres puissent continuer à prospérer – à l’opposé des aspirations des centaines de milliers de manifestants algériens qui crient « Système dégage ».

Aline RETESSE