Alimentation : tours de table au profit des gros

13 Mars 2019

Les négociations commerciales entre distributeurs et industriels sont officiellement terminées depuis le 1er mars. Ces accords, contrairement aux déclarations mensongères des parties prenantes, se font sur le dos des petits producteurs et des consommateurs.

Il est de bon ton aujour­d’hui, aussi bien du côté du gouvernement que des entreprises, de proclamer haut et fort que les décisions prises en matière de prix dans le cadre cloisonné de leurs rencontres visent d’abord à préserver le revenu des agriculteurs et à valoriser les petites et moyennes entreprises proches des centres de distribution, tout en favorisant le pouvoir d’achat des consommateurs. Tout cela, ce sont des discours.

Toutes les enseignes de la grande distribution mettent par exemple en avant dans leurs rayons des palettes de litres de lait du genre « C’est qui le patron ? », dont le prix de vente est censé garantir un revenu décent aux producteurs. Pour illustrer leur démarche responsable et durable, elles ont toutes communiqué sur des accords signés dans ce sens avec les plus gros collecteurs et transformateurs de lait, fixant des prix plus élevés pour les producteurs. Elles ont juste oublié de dire que ces accords continuent d’instituer des prix inférieurs aux prix de revient des producteurs et concernent seulement 15 % de la production laitière. C’est ce qu’a rappelé un dirigeant de la Fédération nationale de la production laitière, branche laitière de la FNSEA, le principal syndicat d’exploitants agricoles – surtout de ceux qui ont le plus d’hectares.

La réalité est que le match des négociations commerciales annuelles se joue entre les plus gros acteurs du marché, tant du côté des producteurs agricoles que des industriels et des distributeurs.

En Normandie, où dominent en maîtres les Lactalis, Danone, Nestlé, Savencia et les groupes coopératifs comme Agrial, la production de lait a augmenté de 13 % ces dix dernières années, mais le nombre d’élevages laitiers a reculé de 35 %. Sur l’ensemble de la région, 320 fermes laitières disparaissent chaque année, alors que le nombre de vaches augmente. Comme le souligne le quotidien Ouest-France, « le club des 300 exploitations de plus de 400 ha continue de grossir ». Comme le club des grands groupes de l’industrie et de la distribution.

Ainsi Lactalis a racheté en quelques mois pas moins de huit sociétés, dont trois aux États-Unis. Et, chez les distributeurs, huit enseignes imposent leurs conditions de prix au travers de quatre centrales d’achat. C’est dire que, tout en se proclamant concurrentes vis-à-vis du consommateur, elles achètent ensemble, comme c’est le cas de Carrefour avec Système U et Cora, ou encore d’Auchan et Casino.

La nuisance sur l’ensemble de la société de ce monde des capitalistes de l’agriculture, de l’industrie et de la grande distribution n’en est que plus importante.

Philippe Logier