Mars 1919 : la fondation de l’Internationale communiste

06 Mars 2019

Le 2 mars 1919, il y a cent ans, à l’initiative du Parti bolchévique, plusieurs dizaines de représentants d’organisations révolutionnaires se retrouvaient à Moscou pour fonder une nouvelle Internationale révolutionnaire.

En octobre 1917, les bolcheviks avaient pris le pouvoir à la tête de la première révolution ouvrière victorieuse. Mais ces militants internationalistes ne limitaient pas leur combat à la seule Russie. Engagés dans un combat pour le renversement du capitalisme à l’échelle du monde, ils étaient déterminés à aider la révolution à s’étendre aux autres pays.

Dans l’Europe plongée depuis quatre ans dans la boucherie de la Première Guerre mondiale, les appels au soulèvement lancés par les bolcheviks rencontraient un écho dans de larges masses. À partir de novembre 1918, une véritable vague révolutionnaire déferla sur la moitié orientale de l’Europe. Les monarques régnant sur l’Allemagne et le vieil Empire d’Autriche-Hongrie furent contraints d’abdiquer. Dans ces pays, prenant exemple sur ce qui s’était fait en Russie, des travailleurs s’organisaient dans des conseils ouvriers, déterminés à mettre à bas les classes dominantes qui les avaient plongés dans la guerre. Il était urgent de créer des partis révolutionnaires et une organisation internationale capable de constituer une direction politique de la lutte pour renverser la bourgeoisie et son ordre social.

La faillite de la IIe Internationale

Regroupés au sein de la IIe Internationale, les partis socialistes qui avaient prétendu incarner la lutte des travailleurs pour leur émancipation avaient montré leur faillite au début de la guerre, en août 1914. La grande majorité avaient alors rallié leurs bourgeoisies respectives et appelé les travailleurs à participer à l’effort de guerre.

Tirant les leçons de cette trahison, Lénine avait appelé dès ce moment à la création d’une nouvelle Internationale. Mais une grande partie des militants restés fidèles aux idées internationalistes et opposés à la guerre restèrent pendant plusieurs années encore liées aux partis socialistes, craignant de se retrouver isolés.

Au moment même où ils fondaient un parti communiste dans leur pays, en janvier 1919, et alors qu’ils avaient décidé de participer à la conférence appelée par les bolcheviks, des dirigeants révolutionnaires comme Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht considéraient encore que la création d’une IIIe Internationale était prématurée.

L’Internationale communiste est proclamée

Pour vaincre ces réticences, que le délégué allemand exprima dès le premier jour du congrès, les bolcheviks s’appuyèrent sur l’enthousiasme de la majorité des autres participants. Témoignant de ces sentiments, le délégué du jeune Parti communiste autrichien déclara : « Nous sommes partis de Vienne pour Moscou il y a dix-sept jours. Nous avons fait tout le voyage avec des compagnons ouvriers, sur des tenders, dans des locomotives, sur des tampons, dans des wagons à bestiaux, à pied à travers les lignes des bandes de brigands ukrainiens et polonais, en danger de mort permanent, mais avec cette idée : nous voulons, nous devons aller à Moscou et rien ne doit nous empêcher d’y parvenir. »

Les militants qui fondaient l’Internationale communiste étaient conscients qu’une course de vitesse était engagée face à la coalition des bourgeoisies impérialistes, dont les armées réprimaient les soulèvements populaires et tentaient de venir à bout de la révolution russe. Être capable de construire une véritable « Internationale de l’action révolutionnaire » était indispensable pour déjouer les manœuvres et les mensonges des partis socialistes, qui mettaient l’influence qu’ils avaient conservée parmi les travailleurs au service de la défense de l’ordre bourgeois.

Durant les débats consacrés à la rédaction du programme de l’Internationale communiste, les dirigeants bolcheviks s’attachèrent à faire connaître et à discuter les leçons à tirer de la révolution russe. « Une des tâches essentielles pour les camarades des pays d’Europe occidentale, déclarait Lénine, consiste à expliquer aux masses la signification, l’importance et la nécessité du système des conseils. » Les militants devaient se fixer l’objectif de « répandre et organiser les soviets parmi les ouvriers de toutes les branches de l’industrie, parmi les soldats et les marins, et aussi parmi les salariés agricoles et les paysans pauvres » et gagner la majorité au sein de ces soviets.

Au terme de ce premier congrès de l’Internationale communiste, Lénine et ses camarades savaient qu’ils n’avaient fait que planter un drapeau. L’Internationale n’avait encore pas d’appareil et très peu de sections. En fait, la lutte pour constituer des partis révolutionnaires ne faisait que commencer.

L’IC aux mains de la bureaucratie

Dans les années qui suivirent, des partis communistes se constituèrent dans de très nombreux pays. L’Internationale communiste s’adressa aux peuples colonisés pour les appeler à rejoindre le combat du prolétariat pour renverser l’impérialisme. Mais, dès 1920, le reflux de la vague révolutionnaire commença à se faire sentir et la prise du pouvoir par les travailleurs ne fut déjà plus à l’ordre du jour dans la plupart des pays d’Europe.

Ensuite, avec la dégénérescence bureaucratique de l’État soviétique, l’Internationale devint de plus en plus un instrument au service des intérêts exclusifs des maîtres du Kremlin. S’adaptant aux différents virages politiques impulsés par Staline en fonction des nécessités de sa diplomatie, elle cessa d’être un facteur révolutionnaire et fut au contraire utilisée pour étrangler la révolution espagnole entre 1936 et 1939. Mais, malgré toutes les trahisons de sa direction, son existence rappelait encore que les partis communistes étaient nés pour combattre pour la révolution mondiale. En gage de bonne volonté à l’égard de l’impérialisme, les dirigeants de la bureaucratie soviétique finirent par la dissoudre officiellement en 1943.

Tant qu’elle fut dirigée par des militants animés par des idées révolutionnaires, de 1919 à 1922, l’Internationale communiste était la première tentative de créer le parti mondial de la révolution, indispensable au prolétariat pour mener victorieusement sa lutte contre la bourgeoisie à l’échelle internationale. Créer un tel parti reste l’objectif de tous ceux qui combattent pour que les travailleurs parviennent à renverser totalement le capitalisme et à réorganiser la société, en la débarrassant enfin de l’exploitation et de toute forme d’oppression.

Marc RÉMY