Centrafrique : des groupes armés à l’armée officielle

06 Mars 2019

Le 3 mars était proclamé à Bangui un nouveau gouvernement issu des accords négociés à Khartoum début février sous l’égide de la diplomatie française et de son allié tchadien.

L’idée de ces accords était d’octroyer des ministères à certains chefs des groupes armés qui ravagent le pays, dans l’espoir de les neutraliser.

Le prix payé n’est pour l’instant pas assez élevé pour les leaders des principaux mouvements, qui n’ont pas attendu vingt-quatre heures pour se retirer, demandant au gouvernement de leur en donner plus. Ainsi Nourredine Adam, qui règne sur le nord-est du pays à la frontière du Soudan, n’a pas voulu se contenter des deux ministères octroyés à son mouvement, qualifiant cette proposition de mascarade. Il en réclame maintenant huit, dont le poste de Premier ministre.

D’autres groupes armés participaient déjà au précédent gouvernement mais en associer de nouveaux, bien plus menaçants, aurait pour Paris l’intérêt d’écarter autant que possible le risque d’un éclatement total du pays, voire d’un renversement du gouvernement à sa botte. Pour la population cependant ce serait toujours la même insécurité, ce dont se moque éperdument le gouvernement français. Les bandes armées jusque-là qualifiées de rebelles pourraient simplement revêtir un uniforme officiel pour continuer à rançonner les habitants, à brûler les villages, à violer les femmes, à tuer des enfants et à piller ce qui leur tombe sous la main. Elles pourraient être équipées des armes fournies par le gouvernement français à l’armée centrafricaine. Quant aux nouveaux ministres, ils auraient simplement une couverture pour officialiser le pillage auxquels ils se livrent en tant que chefs de bande.

Débarquée en Centrafrique en décembre 2013, l’armée française en est repartie trois ans plus tard en laissant les troupes de l’ONU s’embourber dans le chaos qu’elle avait créé. Aujourd’hui, les dirigeants de l’impérialisme français en sont réduits à promouvoir l’arrivée au pouvoir de criminels et de tortionnaires pour conserver leur influence. Mais après tout, cela n’a rien de nouveau. Tous les dictateurs portés à bout de bras par les dirigeants français depuis l’indépendance ne valaient pas mieux.

Daniel MESCLA