Arabie saoudite : l’argent blanchit tout

06 Mars 2019

Les représentants des différents pays de l’Union européenne avaient dressé une liste noire des pays à haut risque dans la lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme. Elle a été mise à la poubelle le 28 février.

Sept nouveaux pays y étaient en effet ajoutés, dont l’Arabie saoudite. Mais, selon un communiqué, la liste n’aurait pas été « établie dans le cadre d’un processus transparent et crédible, qui incite activement les pays concernés à prendre des mesures appropriées tout en respectant leur droit à se faire entendre ».

La raison véritable de ce renoncement est bien plus prosaïque. Cette initiative a en effet provoqué le courroux des États-Unis, qui dirigent le Groupe d’action financière (GAFI), un organisme intergouvernemental chargé précisément de vérifier la provenance et l’utilisation des capitaux qui transitent de par le monde. Mais elle a également contrarié l’Arabie saoudite. Dans une lettre, son dirigeant, Mohamed Ben Salman, a ainsi dénoncé sans rire le fait que cette liste « ne reflète pas la véritable image des efforts nombreux […] faits dans la lutte contre le blanchiment d’argent, le financement du terrorisme et la prolifération des armes ». Il est pourtant de notoriété publique que l’Arabie saoudite a financé à maintes reprises divers groupes djihadistes en Syrie et ailleurs, et qu’elle déploie tout son arsenal au Yémen, avec des conséquences catastrophiques pour la population.

Le vice-ministre saoudien des Affaires étrangères a menacé l’Europe, si elle persistait dans ses intentions, de « graves conséquences sur le commerce et les flux financiers ». Il n’en fallait pas plus pour faire reculer les gouvernements européens. Le vernis d’une prétendue moralisation des affaires ne doit tout de même pas menacer celles-ci.

Aline RETESSE