Accouchement à Die : chronique d’une mort annoncée

06 Mars 2019

Lundi 18 février, une femme demeurant à quelques kilomètres de Die, dans la Drôme, a perdu son bébé, mort-né au terme de huit mois de grossesse.

Le jour même, en fin de soirée, son compagnon avait appelé les secours alors qu’elle se sentait mal. De son domicile, les pompiers l’avaient transportée à l’hôpital de Die où, la maternité ayant été fermée, elle avait été admise aux urgences. Là, il fut décidé d’appeler un hélicoptère pour la transférer à la maternité de Montélimar, accompagnée par une sage-femme arrivée de Valence elle aussi en hélicoptère. À leur descente de l’appareil, à Montélimar, le cœur du bébé ne battait plus.

C’est à la toute fin de l’année 2017 que la maternité de Die a été fermée, après des dizaines d’années de mobilisation, de manifestations, de protestations de la population, y compris de plaintes de futurs parents pour mise en danger de la vie d’autrui. Si elle échappa un temps à la fermeture au nom de l’éloignement géographique de Die, la maternité fut définitivement fermée au prétexte que l’établissement réalisait moins de 300 accouchements par an et que c’était un problème de sécurité. La Cour des comptes parlait alors d’une fermeture « inévitable et nécessaire ». Quant à la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, elle promettait « une bonne prise en charge des femmes enceintes ».

Cette règle, selon laquelle les maternités effectuant moins de 300 accouchements par an doivent être fermées parce que n’offrant pas le niveau de sécurité requis, date de plus de vingt ans. Elle ressort et elle ressert à chaque projet de fermeture, assortie de l’argument selon lequel « la proximité n’est pas un gage de sécurité ».

Bien sûr, la proximité n’est pas en elle-même et à elle-seule un gage de sécurité ! Le seul gage de sécurité pour les femmes qui accouchent et les enfants qui naissent, ce sont des personnels compétents et en nombre suffisant, associés à des matériels innovants et modernes, c’est-à-dire des moyens financiers. Or, la machine à faire des économies sur tous les services publics produit depuis des décennies exactement l’inverse.

Les arguments de sécurité répétés à l’envi sont une fausse barbe qui tente de masquer que ce sont d’abord et avant tout des critères d’économies, de rentabilité financière qui président aux restructurations hospitalières et aux fermetures de maternités qui y sont associées. On en est même à faire des enquêtes statistiques pour déterminer le prix de revient du bébé selon la structure dans laquelle la maman accouche !

Dans un monde riche de connaissances, de découvertes et de progrès, associer le mot santé au mot rentabilité relève de la folie.

Sophie GARGAN