Venezuela : l’impérialisme américain poursuit son offensive

27 Février 2019

Les derniers jours de février ont été marqués par la tentative des États-Unis de faire passer un convoi humanitaire, contenant vivres et médicaments, depuis la Colombie et le Brésil, en direction d’un Venezuela affamé. Mais l’armée chaviste en a bloqué le passage.

Sans surprise, les médias, globalement anti-chavistes, ont pu reprendre leur refrain contre le président Maduro, affameur de son peuple. Mais les États-Unis avaient une tout autre ambition : faire passer triomphalement le convoi avec à son bord le président autoproclamé, Juan Guaido, la marionnette choisie par le vice-président des États-Unis, Michael Pence.

Les États-Unis affichent un souci humanitaire soudain vis-à-vis de la population du Venezuela alors que, depuis 2017, l’administration Trump multiplie les manœuvres pour étrangler le régime chaviste, l’empêcher de redresser son économie et donc de ravitailler la population.

Même les représentants des Nations unies qui gèrent des convois humanitaires sur toute la planète, et la Croix-rouge, se sont émus de cet usage de l’humanitaire pour la cause de Washington, qui n’a rien d’humanitaire puisqu’il s’agit de reprendre le contrôle d’un pays que les États-Unis considèrent comme appartenant à « leur » Amérique, comme toute l’Amérique latine.

Depuis l’arrivée de Chavez au pouvoir, en 1998, les États-Unis tentent de faire tomber son régime. En 2002, Washington avait accompagné un coup d’État, contrecarré par la mobilisation de la population et de l’armée. L’année suivante, la droite et le patronat recommençaient en s’appuyant sur PDVSA, compagnie nationale gérant le pétrole, principale richesse du pays. Mais là encore, ce fut un fiasco et le pétrole tomba sous le contrôle des chavistes qui se servirent de la rente pétrolière pour faire fonctionner leur administration mais aussi mener des missions sociales en direction des plus déshérités, ce qui leur donna un appui dans les quartiers populaires, à opposer à la pression impérialiste.

Ces missions furent pour l’essentiel un succès tant que le prix du pétrole s’envolait. Mais les mécanismes mis en place par les dirigeants chavistes pour assurer leur fonctionnement étaient viciés. L’économie du Venezuela importe de l’extérieur tout ce qu’elle ne produit pas, aliments, médicaments et le reste. Un système de crédits subventionnés censés assurer l’intendance des missions fut dès le début gangrené par la corruption.

Les chavistes en charge s’en servirent pour spéculer sur les taux de change ou pour détourner les marchandises vers le marché noir. Cela conduisit à un gigantesque détournement de la rente pétrolière, alimentant une caste de corrompus où les militaires se sont taillé la part du lion.

Chavez, dans la dernière période de sa vie, mit l’accent sur un prétendu « socialisme du 21e siècle », mais rien ne fut fait pour entamer le pouvoir de la bourgeoisie. C’est d’ailleurs pourquoi le procès actuel fait au socialisme chaviste est ridicule. Les chavistes ne contrôlent que 30 % de l’appareil économique et 70 % restent aux mains de la bourgeoisie qui, de son côté, n’est pas avare de spéculation et de corruption.

Quand le prix du baril s’est effondré, les chavistes se sont retrouvés dans une situation que d’autres dirigeants politiques vénézuéliens avaient dû affronter. Sauf qu’ils n’ont pas reçu le soutien des instances bourgeoises internationales, la fameuse « communauté » qui, face aux chavistes, s’est rangée derrière Trump et Guaido. Macron y compris. Ainsi, la banque d’Angleterre a gelé les avoirs, et les États-Unis ont mis sous séquestre les résultats de Citgo, filiale nord-américaine de PDVSA, ce qui finance maintenant la tentative de reconquête de Guaido.

Reste un problème que les adversaires du régime chaviste peinent à résoudre : l’attitude de l’armée. La promesse d’une amnistie ne donne pas le résultat espéré auprès des hauts cadres de l’armée bénéficiaires du régime. Pour l’instant, l’armée reste derrière Maduro.

Quant aux travailleurs et aux exploités qui souffrent des pénuries, ils n’ont rien à espérer d’un Guaido. Si lui, les politiciens qui l’appuient et les privilégiés qu’ils représentent revenaient à la tête du pays, leur programme, dicté par Washington, est tout tracé : remettre entre les mains des multinationales les richesses naturelles, pétrole, or et autres, ce qui ne laisse aucune place aux intérêts des classes exploitées. Les Guaido toucheront leur part du pillage, mais les travailleurs n’obtiendront que ce qu’ils arracheront par leurs luttes.

Jacques FONTENOY