Migrants : les bateaux de la honte

27 Février 2019

La France doit offrir six bateaux au gouvernement libyen, a annoncé Florence Parly, la ministre des Armées, jeudi 21 février, pour équiper les gardes-côtes chargés d’empêcher les migrants de traverser la Méditerranée vers l’Europe.

C’est sans doute une bonne affaire pour la société française Sillinger qui doit fournir ces hors-bords dans les prochains mois. C’est la première fois que le gouvernement français fournit ce genre d’aide à la Libye, imitant ainsi l’Italie qui aide depuis des années à équiper les gardes-côtes libyens. Et ce n’est qu’un volet de la coopération européenne avec la Libye, complétée par la formation des gardes-côtes libyens, et les entraves aux bateaux de sauvetages des ONG.

Cette politique européenne a effectivement fait diminuer le nombre de migrants arrivés en Italie depuis la Libye : ils n’ont été que 23 370 en 2018, soit 80,5 % de moins qu’en 2017, et 87,2 % de moins qu’en 2016.

Macron et les dirigeants européens ne peuvent pas ignorer que leur politique revient à livrer les migrants aux milices libyennes. Faïez Sarraj, le dirigeant du gouvernement soutenu par la communauté internationale, n’est que le chef de l’une des bandes armées qui se disputent le pouvoir en Libye, et dont l’autorité se limite à l’ouest du pays, la Tripolitaine. Ces bandes armées détiennent les migrants dans des prisons surpeuplées, « avec une moyenne de 1,5 m2 par personne », déplore Julien Raickman, chef de mission de Médecins sans frontières en Libye. Les migrants détenus y subissent tortures et sévices sexuels et sont réduits en esclavage.

Macron se présente comme un humaniste ouvert sur le monde, opposé aux gouvernements xénophobes italien et hongrois. En réalité, la France de Macron a accueilli moins de migrants que l’Italie, et Macron, comme les dirigeants italiens, aide le gouvernement de brigands libyens à empêcher les migrants de traverser la Méditerranée, les livrant ainsi à la prison et à la torture.

H. C.