Syrie : un officier français lève un peu le voile

20 Février 2019

Un colonel, chef de régiment d’artillerie, risque d’être sanctionné par sa hiérarchie pour avoir critiqué publiquement une opération dont il était responsable, son régiment ayant été engagé six mois dans le cadre de la bataille d’Hajin en Syrie, près de la frontière irakienne.

Dans un article, il a regretté que la coalition n’ait pas envoyé de troupes au sol, laissant le terrain à des forces arabo-kurdes appuyées par les États-Unis. Il en donne d’ailleurs la raison : « Les Occidentaux, en refusant d’engager des troupes au sol, ont limité les risques, et notamment celui d’avoir à s’expliquer devant l’opinion. » De ce fait, la coalition « n’a pas trouvé de meilleure solution que d’intensifier les bombardements pour en finir au plus vite », ce qui était le rôle de son régiment.

D’un côté, l’homme de guerre s’extasie devant l’efficacité de ses armes, « les vertus d’un appui sol-sol alliant effets de saturation par obus explosif et effets de destruction par munition de précision ». Mais, en clair, il explique qu’il s’est agi de destruction d’hôpitaux, lieux de culte, routes, ponts, habitations. Parlant d’un « champ de ruines », il conclut : « Nous avons donné à la population une détestable image de ce que peut être une libération à l’occidentale, laissant derrière nous les germes d’une résurgence prochaine d’un nouvel adversaire. » On ne saurait mieux dire.

L’intervention de troupes occidentales au sol aurait sans doute satisfait les ambitions tactiques de ce colonel. Mais toutes les interventions impérialistes dans la région ont conduit à un empilement de destructions, sans perspective d’ouvrir un avenir meilleur, qu’il soit proche ou lointain.

Ce colonel s’est tout de même fait taper sur les doigts. Car à chacun son rôle : les militaires maintiennent l’ordre impérialiste par tous les moyens, les politiciens tentent de le justifier aux yeux de l’opinion, en évitant de s’étendre sur les dégâts qu’il fait.

Pierre MERLET