Pics anti-SDF : pas de pitié pour les plus pauvres

20 Février 2019

La fondation Abbé-Pierre dénonçait l’an dernier les mobiliers urbains anti-SDF. Le 13 février, non sans humour, elle les a récompensés lors d’une cérémonie de remise de Pics d’or.

Dans la catégorie « Fallait oser », concernant « le dispositif le plus décomplexé », figure le siège microscopique d’un abribus à Biarritz, sur lequel aucun sans-abri ne peut s’allonger. La palme de « Faites ce que je dis, pas ce que je fais » revient à l’installation de pics devant un centre de santé parisien du 10e arrondissement sur lequel est inscrit « Ouvert à tous » ! Certaines installations ne manquent pas de style et d’esthétique, comme les bancs en forme de couleuvre devant la gare de Nancy. Quelle société aberrante que celle qui suscite l’innovation et l’art dans le domaine de la dissuasion envers les SDF, alors qu’elle est incapable d’offrir une vie digne et un logement à la population !

L’espace public des villes se hérisse de picots, rochers, poteaux, grilles, sièges inconfortables, grillages, etc. Marseille fait enlever les points d’eau gratuits, les bancs publics disparaissent et il devient de plus en plus impossible de se reposer gratuitement. Dans la commune de Lourdes, censée pourtant vivre sous le signe de la charité chrétienne, les sans-abri n’ont pas droit de cité ! Comme dans d’autres villes, par exemple La Roche-sur-Yon et Nice, des arrêtés anti-mendicité sévissent régulièrement. Loin de mener la lutte contre la pauvreté, les pouvoirs publics préfèrent chasser et criminaliser les plus pauvres. Cela juge leur ordre social.

Léna PIGALLI