Maternité de Bernay : une décision inacceptable

20 Février 2019

Agnès Buzyn, la ministre de la Santé, s’est rendue lundi 18 février à Bernay dans l’Eure pour y confirmer la fermeture de la maternité. 150 manifestants se sont rassemblés pour exprimer leur indignation. Ces travailleurs de l’hôpital, élus ou habitants se sont dits prêts à continuer le combat qu’ils mènent depuis de longs mois contre cette décision.

Lors de son premier grand débat à Grand-Bourgtheroulde un mois auparavant, Emmanuel Macron, pressé par les maires du département, avait jugé plus prudent d’annoncer le report de la fermeture et la tenue d’une table ronde. Sa ministre s’est chargée de démontrer toute la distance qu’il y a entre les paroles du président et leur traduction dans la vie des habitants.

Agnès Buzyn a justifié sa décision par l’impossibilité de recruter des obstétriciens pour Bernay. En vingt ans, la moitié des maternités ont fermé, et les ministres ont invoqué selon les cas la nécessité pour un praticien d’effectuer un certain nombre d’actes pour garder la main, des raisons budgétaires ou, comme à Bernay, l’impossibilité de trouver des spécialistes. Si l’organisation du système de santé partait des besoins de la population, c’est à la manière de fournir des spécialistes dans les hôpitaux de proximité qu’auraient dû s’atteler les gouvernements, au lieu de s’acharner à fermer des structures proches des habitants. Mais, dans le cas de Bernay, il s’agit en plus d’une fausse information, puisque deux professionnels étaient prêts à rejoindre l’équipe en place.

Pour fermer à tout prix l’établissement, la ministre n’a pas hésité non plus à affirmer que la sécurité des accouchements n’était pas assurée, ce qui a amené le collectif de défense de la maternité à l’attaquer en justice pour dénigrement du personnel et de la structure.

En réalité, Agnès Buzyn ne veut pas assumer publiquement la logique de rentabilité qui seule explique la fermeture. Comme l’avait dit un responsable de l’établissement, « la situation financière est difficile depuis plusieurs années. Il faudrait entre 800 et 1 000 accouchements et il n’y en a eu que 312 en 2018. » La ministre juge donc trop coûteux le maintien sur place d’une équipe capable d’effectuer des accouchements, et a choisi la fermeture, malgré la pénibilité et les risques que cela entraînera pour les femmes concernées. Elles seront en effet obligées d’aller accoucher à Évreux ou à Lisieux, des villes distantes de 50 km. Comme l’expliquait un gynécologue, certaines urgences n’attendent pas, mais tout ce que répond la ministre est que les femmes pourront se rendre à l’avance à Évreux ou à Bernay où des chambres d’hôtel leur seront réservées.

Dans le rassemblement, certains étaient vêtus du gilet jaune, pour affirmer également qu’à Bernay tous les services publics disparaissent un à un : les classes dans les écoles, le tribunal d’instance, le centre des impôts, maintenant la maternité, et demain sans doute les guichets de la gare.

La même logique de rentabilité est partout à l’œuvre aux dépens des habitants, mais la population n’entend pas laisser faire.

Daniel MESCLA