Israël-Palestine : le règne de l’arbitraire

20 Février 2019

Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, a annoncé dimanche 17 février le gel d’une partie des taxes et droits de douane qu’Israël collecte pour le compte de l’Autorité palestinienne et qu’il est censé lui reverser tous les mois.

Ces versements représentent plus de la moitié du budget de l’entité palestinienne et lui sont indispensables pour payer les salaires des employés du secteur public, dans lequel travaille une grande partie de la population. Le montant de la somme arbitrairement confisquée, 138 millions de dollars, soit 122 millions d’euros, correspondrait, d’après Netanyahou, aux allocations versées par l’Autorité palestinienne en 2018 aux 6 500 Palestiniens détenus dans les prisons israéliennes et à leurs familles. « C’est de la piraterie, a réagi un responsable de l’Organisation de libération de la Palestine, d’abord parce qu’il s’agit de notre argent. Il s’agit de notre fonds et ce sont nos familles, nos enfants, nos filles, nos fils, nos mères, qu’ils veulent affamer. »

Votée en juillet 2018, la loi qui autorise le gouvernement israélien à mettre la main de cette façon sur une partie importante des ressources de l’Autorité palestinienne n’avait pas encore été appliquée. Présentée comme une réponse au meurtre d’une jeune Israélienne par un Palestinien à Jérusalem le 7 février, cette décision vise en réalité à permettre à Netanyahou de renforcer son image de dirigeant à poigne alors que des élections législatives doivent avoir lieu le 9 avril. Si son parti est donné vainqueur par tous les sondages, son inculpation probable dans les prochaines semaines dans trois affaires de corruption peut fragiliser sa situation. En outre, deux de ses ministres, venant de la frange la plus à droite de sa coalition gouvernementale, ont créé en décembre dernier un nouveau parti, HaYemin HaHadash (La Nouvelle Droite), cherchant à capter les voix de l’électorat d’extrême droite. Cette concurrence à droite favorise la surenchère en matière de démagogie sécuritaire et antipalestinienne.

Comme toujours, les Palestiniens font ainsi les frais des calculs électoraux et des manœuvres politiciennes des dirigeants israéliens. À quelques mois des précédentes élections législatives de 2015, Netanyahou avait utilisé la même méthode pour étrangler financièrement l’Autorité palestinienne, suspendant pendant trois mois le transfert de toutes les taxes douanières.

Le gel décidé par Netanyahou illustre la réalité de l’occupation israélienne que doivent continuer de subir les trois millions d’habitants de la Cisjordanie, en butte aux vexations, aux actes de violence, aux blocages de routes et de villes par l’armée israélienne. Mais les Israéliens eux-mêmes sont victimes de cette politique. Une présentatrice connue d’un journal télévisé du soir a provoqué un scandale le 16 février en déclarant, alors qu’elle présentait un reportage : « Nous envoyons nos enfants à l’armée, dans les Territoires, et nous les récupérons transformés en bêtes sauvages. Voilà le résultat de l’occupation. » Le fait que des Israéliens en soient conscients et le dénoncent est au moins le gage d’un autre avenir possible.

Marc RÉMY