Ghosn : si Versailles lui était compté…

20 Février 2019

L’audit interne de Renault s’est finalement inquiété des dépenses occasionnées par le mariage princier de Carlos Ghosn en octobre 2016.

« Princier » n’est qu’un mot approximatif car c’est au château de Versailles, et même sous les ors champêtres du Grand Trianon, que l’ex-PDG avait convolé. Le coût somme toute modeste de l’événement, 50 000 euros, ne figurait dans la colonne dépenses de l’entreprise que du fait « d’une mauvaise imputation comptable », selon l’avocat de Ghosn. En d’autres termes, l’ex-PDG aurait là confondu par erreur la poche de Renault avec la sienne. Preuve de sa bonne foi, il se déclare prêt à rembourser ce qui n’était que la contrepartie d’une convention de mécénat signée quelques mois auparavant pour 2,3 millions d’euros entre le constructeur et le château. Un pourboire, en somme.

Mais, malheur aux vaincus, d’autres soupçons ont surgi, concernant l’attirance du patron de l’automobile pour le luxe versaillais. Deux ans avant l’affaire du mariage, Ghosn avait organisé au château un anniversaire mondain, dans la galerie des Batailles et sous le plafond coloré de la galerie d’Hercule. Présenté comme le quinzième anniversaire de l’Alliance Renault-Nissan, l’événement tombait pile le jour de l’anniversaire de Ghosn lui-même. Quelle coïncidence ! D’ailleurs, aucun membre de la co-entreprise ne se souvient d’y avoir participé, sauf deux très proches de Ghosn. En revanche, toute la famille était là, parmi deux cents invités, dont l’avocate Cherie Blair, membre du conseil d’administration de Renault et épouse de l’ancien Premier ministre britannique, un grand couturier et quelques hommes politiques. Hôte raffiné, Ghosn avait fait préparer le repas par le célèbre et coûteux chef Alain Ducasse, proposé une visite du château et un feu d’artifice, et offert le taxi aux invités. La co-entreprise avait pourvu aux dépenses, pour 600 000 euros.

Pour attester de l’aspect commercial de la fête, l’avocat de Ghosn a invoqué l’absence de gâteau d’anniversaire. Comment prétendre alors que le dirigeant de Renault s’est sucré ?

Viviane LAFONT