Épidémie : l’hôpital, un système grippé

20 Février 2019

Selon le bulletin de surveillance de la grippe publié le 13 février, en France métropolitaine, au 27 janvier, l’épidémie avait déjà fait 1 800 morts. À cette date, en une seule semaine, 14 000 personnes s’étaient présentées aux Urgences et 2 171 d’entre elles avaient été hospitalisées, principalement des personnes âgées de plus de 75 ans et des enfants de moins de 5 ans.

Dans ce bulletin, Santé publique France, l’organisme officiel de surveillance, rappelle un certain nombre de règles d’hygiène pour se protéger des virus et ainsi diminuer le risque de contamination : « Éternuer dans son coude, plutôt que dans ses mains. Se laver fréquemment les mains à l’eau et au savon ou avec une solution hydroalcoolique. Utiliser un mouchoir à usage unique. Porter un masque jetable, en particulier au contact des personnes fragiles. » Mais, dans les spots diffusés à la radio et à la télévision et qui émanent de la direction générale de la Santé, un conseil supplémentaire est prodigué : « Ne pas se rendre aux Urgences. » Un comble !

À force de supprimer du personnel, de fermer des services et des lits, à force de n’avoir comme maître mot dans la gestion des hôpitaux que la rentabilité financière, on parvient à cette absurdité qui fait que l’hôpital ne peut pas faire face à une simple épidémie de grippe ! Pourtant qu’y a-t-il de plus habituel que la survenue de la grippe en hiver ? Qu’y a-t-il de plus naturel que la réactivation des virus de l’hiver en décembre et janvier ? Qu’y a-t-il de mieux connu que la faiblesse de l’organisme des personnes très âgées et des très jeunes enfants face à la grippe ?

Aujourd’hui, dans les services d’urgence, les activités seraient en hausse de 20 à 30 % en moyenne. Alors que déjà, d’ordinaire, faute de personnel et de moyens, des malades peuvent rester des heures dans les couloirs, cet accroissement crée un véritable engorgement, et pas seulement des Urgences. On a pu entendre des médecins urgentistes et des soignants décrire comment, au jour le jour, il leur faut jongler, tenter de libérer des lits, « placer des gens dans des services qui n’ont rien à voir avec la grippe, comme la chirurgie ou l’oncologie, mais où ils seront un minimum médicalisés. » Une banale épidémie montre encore une fois combien la rentabilité financière est une absurdité quand on parle de santé publique.

« Le vaccin est moyennement efficace cette année », a déclaré la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, ajoutant que « la couverture est très médiocre, ce qui peut expliquer les mauvais chiffres de la mortalité. » Mais si la connaissance des souches de virus qui circuleront un an plus tard et contre lesquelles les vaccins doivent être produits longtemps à l’avance relève d’un calcul compliqué, la compréhension des mécanismes qui ont mis l’hôpital public dans l’état où il se trouve est d’une grande simplicité : ils découlent des économies criminelles effectuées par tous les gouvernements qui se sont succédé depuis des dizaines d’années.

Sophie GARGAN