Chômage : les chiffres et la réalité

20 Février 2019

Jeudi 14 février, la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, annonçait triomphalement une baisse du taux de chômage, qui serait passé sous la barre des 9 %. C’est une manipulation qui ne trompera personne.

Pénicaud a mis en avant les chiffres de l’Insee, qui estime le nombre de chômeurs à partir d’une enquête sur un échantillon, en utilisant des critères très restrictifs. Selon ce calcul, il y aurait 2,4 millions de personnes au chômage en France. C’est déjà énorme, mais bien en dessous de la réalité. Le nombre de chômeurs inscrits à Pôle emploi, lui, s’élève à 6,3 millions. Parmi eux, 3,4 millions sont en catégorie A, c’est-à-dire qu’ils n’ont accès à aucun emploi, même précaire ou partiel. Il faut y ajouter des allocataires du RSA, des jeunes pas encore inscrits, des travailleurs découragés et tous ceux qui ont été radiés des listes par Pôle emploi lui-même.

Quoi que prétende le gouvernement, le chômage ne recule donc pas. Et il ne peut pas en être autrement dans cette période de crise profonde, où les capitalistes considèrent que la production ne leur rapporte pas assez et préfèrent la rentabilité immédiate de la spéculation financière. Les plans de licenciements continuent à se succéder, en particulier dans des groupes riches à milliards comme PSA ou Carrefour. Et le gouvernement alimente le chômage en supprimant des centaines de milliers d’emplois dits aidés et en prévoyant de réduire de 120 000 le nombre de fonctionnaires.

Ce chômage de masse pèse sur l’ensemble du monde du travail. D’abord, bien sûr, sur les travailleurs privés d’emploi, à qui le gouvernement mène une véritable guerre. Ainsi, le décret entré en vigueur le 1er janvier dernier multiplie les possibilités, pour Pôle emploi, de supprimer tout ou partie de l’indemnisation des chômeurs si la recherche d’un emploi n’est pas jugée assez active. Mais le chômage est aussi une arme contre l’ensemble du monde du travail. Car la peur du chômage est utilisée par le patronat pour imposer la généralisation des contrats précaires, le blocage des salaires, des horaires à rallonge ou au contraire des temps partiels non choisis, c’est-à-dire pour aggraver l’exploitation de tous et augmenter ainsi les profits.

Des travailleurs de plus en plus exploités d’un côté, des travailleurs privés de salaire de l’autre : voilà la répartition capitaliste du travail, avec les profits patronaux pour seul objectif. L’intérêt des travailleurs, c’est exactement l’inverse : la répartition du travail entre tous sans perte de salaire.

Claire DUNOIS