Vente de sous-marins : qui veut le profit, prépare la guerre

13 Février 2019

La France, c’est-à-dire Dassault, premier actionnaire privé de Thalès lui-même premier actionnaire privé du constructeur naval militaire Naval Group, vient de vendre à l’Australie douze sous-marins, l’usine pour les construire, la base pour les réparer et, peut-être, l’électronique pour les guider.

La marine australienne consacrera trente milliards d’euros à ces navires, y compris l’armement commandé aux États-Unis. La ministre de la Défense française, qui s’était déplacée pour la signature du contrat, a indiqué qu’il impliquait une collaboration technique, militaire et financière entre les deux pays pour les cinquante prochaines années.

Comme toujours dans ces énormes contrats, l’État a présidé à l’ensemble du processus, veillant au moindre détail et ne lésinant pas sur l’argent public pour assurer les profits privés. Par exemple, l’Australie ne disposant pas d’ouvriers métallurgistes habitués au travail sur les sous-marins, l’Afpa (association pour la formation professionnelle des adultes) est chargée d’en former sur place.

Pourtant, comme l’a rappelé la ministre française, il ne s’agit pas là uniquement d’une affaire commerciale. L’Australie, dit-elle, vient d’acquérir avec ces sous-marins modernes « un avantage stratégique dans toute la région », celle du Pacifique où la course aux armements explose.

La Chine a ainsi développé une industrie navale, produit des sous-marins en série, et se lance dans la construction d’un porte-avions. Le Pakistan a acheté huit sous-marins chinois, la Thaïlande trois. L’Australie, l’Inde, la Malaisie et Singapour ont acquis des navires français. La marine américaine patrouille en permanence dans la région, y maintenant une flotte capable, dit-elle, d’écraser n’importe quelle opposition. De plus, les parlementaires américains viennent de débloquer les crédits pour deux nouveaux porte-avions, d’une puissance inconnue jusqu’alors. Le Japon lui aussi augmente les crédits de la marine de guerre, programmant le lancement de porte-avions pour la première fois depuis 1945. Quant à la France, puissance régionale par la grâce de ses colonies, elle se targue d’entretenir en permanence une flotte et plusieurs milliers d’hommes dans les eaux du Pacifique, le mal nommé.

Après avoir diminué à la fin de la guerre froide, le nombre total de navires de combat a recommencé à augmenter. Plus de la moitié sont concentrés dans cette région où les États-Unis et leurs alliés sont face à la Chine. Le 11 février encore, des navires américains ont traversé une zone revendiquée par celle-ci, au cours d’une manœuvre baptisée « Liberté de navigation ». La Chine a, une nouvelle fois, protesté et menacé de déployer ses navires.

Ainsi le mirifique « contrat du siècle », célébré par les politiciens, les capitalistes et leurs porte-parole, n’est pas seulement un vol manifeste de l’argent public des deux pays et une injure contre l’humanité, comme toutes les fabrications et ventes d’armes. C’est aussi un ajout délibéré de matériel combustible dans un monde déjà très inflammable.

Paul GALOIS