Charles-de-Gaulle Express : liaison de luxe au milieu des banlieues pauvres

13 Février 2019

Lundi 11 février, la ministre des transports a signé le contrat de concession du Charles-de-Gaulle Express, un train rapide devant relier sans arrêt le terminal 2 de Roissy à la gare de l’Est, en vingt minutes à l’horizon 2024.

Malgré les nombreuses protestations des habitants, des associations d’usagers des transports, des maires et même de la présidente de la région, le gouvernement a décidé de lancer les travaux.

Leur coût est aujourd’hui estimé à 2,1 milliards d’euros pour une ligne de 32 kilomètres dont les trois quarts emprunteront les lignes déjà existantes du RER B et dont le seul but est d’éviter aux passagers aériens aisés de voyager avec le commun des mortels, comme c’est le cas avec l’actuelle liaison RER Paris-Roissy. La facture est donc faramineuse pour une liaison entre l’aéroport de Roissy et le centre de Paris dont ne devraient profiter, d’après ses promoteurs, que 17 000 passagers par jour payant chacun 24 euros. À l’opposé, 900 000 passagers attendent quotidiennement les trains en retard puis s’entassent dans les 547 RER B qui passent sur cette ligne.

Aucun investisseur privé n’a jugé le projet suffisamment rentable. C’est donc l’État qui va avancer 1,7 milliard d’euros pour commencer. Non seulement tous les salariés vont financer à travers les prélèvements fiscaux les profits des entreprises qui se sont vu confier les travaux, mais les usagers des transports en commun du nord-est de l’Île-de-France vont voir se dégrader encore leurs conditions de voyage. Sur ces lignes encombrées, de nombreuses coupures sont déjà annoncées sous prétexte de finir les travaux avant l’ouverture des Jeux Olympiques de 2024. L’objectif est aussi d’allécher les investisseurs à qui Aéroports de Paris en voie de privatisation promet l’ouverture d’un nouveau terminal à Roissy dans la foulée. Enfin, de nombreux travaux d’amélioration du trafic, prévus et attendus par les usagers, devraient être encore repoussés.

Le CDG Express est baptisé par ses opposants le train des riches. Ceux qui vont bénéficier des largesses de l’État pour sa construction le seront à coup sûr encore plus. Le projet a reçu la priorité sur celui du Grand Paris Express, qui serait pourtant dans bien des secteurs plus utile à la population. En tout cas, les habitants des quartiers populaires du nord-est de l’Île-de-France attendront encore un peu plus les améliorations promises de longue date par les gouvernements successifs qui expliquent doctement qu’il n’y a plus d’argent dans les caisses de l’État pour les travaux nécessaires.

Gilles BOTI