Carrefour Milénis – Guadeloupe : les grévistes ont fait plier le riche patron béké !

13 Février 2019

Il aura fallu 80 jours de grève à 149 travailleurs, environ 60 % de l’effectif de ces hypermarchés appartenant à la famille Despointes, pour faire céder la direction. Ils, mais beaucoup elles, car il y avait une grande majorité de femmes, ont obtenu satisfaction sur l’essentiel.

Il s’agissait d’empêcher la direction d’amputer les salaires et de la contraindre à respecter les clauses de l’accord Bino. Le montant de ce complément de salaire de 200 euros, obtenu suite à la grève générale de 2009, figurera sur la fiche de paye. Son attribution à ceux embauchés après 2014 devra être entérinée lors de négociations qui doivent avoir lieu dans la quinzaine. Des dispositions sérieuses sont prises pour cela.

Et quelle grève ! Pendant près de trois mois, les grévistes ont tenu leur piquet nuit et jour, ont contraint le supermarché Milénis à fermer et ont perturbé régulièrement son fonctionnement lorsqu’il y a une semaine il a rouvert.

Ils ont sillonné les entreprises de la zone industrielle proche ainsi que les autres supermarchés du groupe, pour faire connaître les raisons de leur grève et obtenir du soutien. La caisse de grève a été alimentée par de nombreux dons provenant de la population, qui les a aussi approvisionnés en bouteilles d’eau, en fruits et légumes. Tous les jours un repas était organisé sur le piquet.

Certains parmi ces travailleurs n’avaient jamais fait grève. Certains sont syndiqués à la CGTG, d’autres à l’UGTG de tendance indépendantiste. D’autres encore ne sont pas syndiqués. Ils ont été soutenus par les directions syndicales mais, pour toutes les décisions concernant la grève, un vote à main levée des grévistes était de rigueur. L’organisation des tâches et la préparation de certaines actions était prise en charge par l’équipe élue du comité d’organisation. À l’issue de la grève, les plus actifs des grévistes ont déclaré qu’ils avaient beaucoup appris du mouvement et que dorénavant ils apporteraient solidarité et soutien aux autres travailleurs en lutte.

Pour les grévistes, mais aussi pour la population de Guadeloupe, cette grève n’a pas été perçue comme une simple volonté de conserver des acquis et de faire respecter leur droit. C’était un bras de fer contre le fleuron du patronat local, des représentants d’une richissime lignée dont les ancêtres ont pratiqué l’esclavage : les békés.

L’accord a été signé tard dans la nuit du samedi 9 au dimanche 10 février. Lundi 11, les grévistes se sont retrouvés sur le piquet pour fêter la victoire.

Marie-Céline Deshauteurs