Usine des Dunes – Leffrinckoucke : dix-huit ans pour une reconnaissance de l’amiante

06 Février 2019

Le 20 décembre dernier, le tribunal administratif de Lille a reconnu l’usine des Dunes de Leffrinckoucke, près de Dunkerque, comme site sidérurgique amianté.

Le ministère du Travail a trois mois à partir du jugement pour publier cette reconnaissance au Journal officiel. Cela fait 18 ans que la CGT a formé une association des victimes de l’amiante et des maladies professionnelles pour défendre les droits des travailleurs. À l’usine des Dunes, aujourd’hui scindée en Ascométal et Valdunes, 676 malades de l’amiante et 166 décès ont été recensés à ce jour. C’est dire la gravité de l’empoisonnement. Pourtant le ministère du Travail, depuis 2001, sous les gouvernements de droite comme de gauche, a tout fait pour refuser la reconnaissance. Celle-ci aurait pu ouvrir la porte à l’inclusion de la sidérurgie dans les secteurs amiantés, ce que le patronat ne voulait surtout pas.

Refus après refus – parce qu’il n’y aurait pas eu de flocage à l’amiante ou pour des vices de procédure – l’association Advasud-CGT a continué à interpeller la justice. À sa cinquième demande faite au nom d’un salarié, le tribunal administratif a fini par reconnaître l’évidence. L’usine utilisait massivement ce matériau reconnu cancérigène depuis 1973. Mais il reste une restriction importante, car cette reconnaissance ne couvre que la période 1966-1985. Pourquoi 1985, et pas au-delà ? Parce que le tribunal a accepté l’argument de la direction de l’usine et de l’inspection du travail disant que, à partir de 1985, le flocage à l’amiante des cuves produisant l’acier a été effectué par des entreprises sous-traitantes et non plus par des travailleurs de l’usine des Dunes. Mais ce n’est pas pour autant que les travailleurs de ces sous-traitants sont reconnus éligibles au site amianté ! De plus, les fines fibres d’amiante ont voyagé après 1985 et jusqu’en 2000 dans toute l’usine et continuent à empoisonner. C’est une distinction qui n’a donc aucune réalité. L’Advasud-CGT compte obtenir que la reconnaissance de la période d’exposition à l’amiante soit étendue jusque-là.

Cette reconnaissance pourrait permettre à des travailleurs de partir plus tôt en retraite, en gagnant un an pour trois ans travaillés, avec 83 % du salaire net. Ceux qui sont malades pourraient partir dès 50 ans, et ceux qui ne le sont pas, ou pas encore, pourraient demander une indemnisation de leur préjudice d’anxiété. Tout cela est évidemment bien limité par rapport au crime que constitue l’utilisation massive de l’amiante par le patronat et en regard des souffrances endurées par les travailleurs. Mais cela n’aurait pas été obtenu sans le militantisme et l’acharnement de travailleurs qui ne se sont jamais résignés et qui ne se résignent pas.

Serge VIARD