Sans-papiers et sans-abri : Lille et l’État ferment les yeux

06 Février 2019

Depuis novembre dernier, à Lille, près de 200 sans-papiers vivent difficilement dans des entrepôts désaffectés. Ils y ont installé des tentes pour essayer de se protéger du froid et d’avoir un peu d’intimité.

Les hangars, au sol bétonné où la poussière et le cambouis se sont accumulés au fil des ans, sont glacials et obscurs. L’humidité suinte des murs. L’endroit ne dispose d’électricité que par intermittence, un seul robinet situé dans la cour permet d’accéder à l’eau, coupée régulièrement.

Des associations caritatives viennent en aide aux sans-papiers. Leur avocate a saisi le tribunal administratif qui a enjoint à la ville de Lille et l’État d’équiper les lieux en urgence. Les services de la mairie de Martine Aubry ont répondu que ce n’était pas de leur ressort puisque les lieux appartiennent à un propriétaire privé. La représentante de l’État a affirmé que chaque personne présente touchait 700 euros par mois… pour se loger. Et elles ont saisi le Conseil d’État pour contester le jugement du tribunal administratif.

La Fondation Abbé Pierre s’est insurgée contre ces propos et les a démentis : seules les personnes ayant fait une demande d’asile touchent une aide de 426 euros par mois, et elles ne représentent que 30 % de ces sans-papiers. Les autres, qui sont soit des mineurs, soit des personnes qui n’osent pas faire les démarches administratives, ne perçoivent rien.

Le Conseil d’État a rendu son jugement : il exige de l’État et de la mairie qu’ils équipent les lieux de sanitaires. Cela vient d’être fait... mais seuls deux urinoirs sans cloison et deux toilettes de chantier ont été installés à l’extérieur, et il n’y a toujours pas de douches !

Aux plus démunis, la municipalité de Lille et les pouvoirs publics en général ne réservent que cynisme et mépris.

Correspondant LO