Référendum : à chacun sa bonne question

06 Février 2019

Macron fait un rêve : après des milliers de débats, l’ordinateur magique avale des millions de contributions, mouline le temps qu’il faut et édite quelques questions bien innocentes. Le président les soumet alors au référendum.

Les électeurs se partagent, bien entendu, mais le simple fait de voter indique une reconnaissance éternelle au grand rénovateur de la démocratie. Puis le gouvernement tient compte, ou non, des résultats du vote et, enfin, les gilets jaunes rentrent sagement dans les boîtes à gants.

Mais pour que ce rêve ait une chance de se réaliser, il faut trouver la bonne question. De là découlent toutes les hésitations de Macron et de ses conseillers. La question, et surtout la réponse, doivent être sans conséquence, sinon on risque la crise politique, comme en Grande-Bretagne après le référendum sur le Brexit. Il faut pourtant qu’il semble y avoir un enjeu réel, sinon on s’inflige le ridicule de l’abstention massive, comme Chirac en 2000 (référendum sur la durée du mandat présidentiel, 70 % d’abstention). Il ne faut pas que les électeurs puissent s’en servir pour désavouer le gouvernement, comme ce fut le cas pour de Gaulle en 1969, démissionnant après un référendum perdu. Et il faut, quand même, que la question ou les questions aient un minimum de rapport avec celles posées par les gilets jaunes.

Il semble donc que cela phosphore dur en haut lieu pour trouver la bonne question, la bonne date, le bon prétexte, le bon enrobage pour cet exercice de tromperie électorale. Il n’est pas certain que, tout couverts de diplômes et tout dressés à mentir qu’ils soient, les docteurs en politique parviennent à mettre sur pied leur référendum miraculeux.

Pour les travailleurs, c’est beaucoup plus simple : la bonne question se pose chaque mois, vers le 10 ou le 15, ou même chaque soir, en regardant le journal télévisé, lorsqu’on se dit que, décidément, on ne peut plus continuer comme ça.

Paul GALOIS