Quand Macron débat : un mot de trop est si vite arrivé...

06 Février 2019

Macron a lancé son grand débat comme diversion au mécontentement populaire. Mais il en profite aussi pour se mettre en scène et lancer la campagne de son parti en vue des élections européennes à venir. Et on retrouve toute son arrogance de serviteur des plus riches.

En novembre 2018, quand des centaines de milliers de gilets jaunes occupaient les ronds-points avec le large soutien de la population ouvrière, Macron était aux abonnés absents. Il savait, ou on lui avait fait savoir, qu’il valait mieux qu’il se taise. Ce n’était pas le moment qu’il mette de l’huile sur le feu avec une de ses phrases provocatrices sur les « fainéants », « les gens qui ne sont rien », ou avec une formule du genre « Je traverse la rue et je vous trouve un travail » qu’il avait adressée à un jeune chômeur.

Mais chassez le naturel, il revient au galop. Et, avec sa tournée des grands débats, Macron se relâche. Aux élus d’outre-mer, qu’il rencontrait vendredi 1er février et dont les questions l’embarrassaient, il a dit pour les faire taire : « Non, les enfants ! » Formule qu’il avait d’ailleurs déjà utilisée une semaine avant à Bourg-de-péage, disant : « La réforme, elle va avec la contrainte, les enfants ! »

Macron était gêné par les questions de ces élus de Guadeloupe et de Martinique qui faisaient remonter la colère des populations locales contre les dégâts sanitaires causés par le chlordécone, ce pesticide répandu sur les plantations de bananes et qui est cause de cancers. Il n’avait rien trouvé d’autre à leur répondre que : «Il ne faut pas dire que c’est cancérigène (…), sinon on alimente les peurs. » Et, devant le tollé provoqué par ses propos, il voulait mettre un terme au débat !

Macron mène consciemment une politique au service des intérêts du très grand patronat, contre la classe ouvrière et contre les couches populaires. Cela ne l’empêche pas de penser que les travailleurs devraient être profondément reconnaissants d’avoir quelqu’un comme lui à la tête de l’État. Comme bien des hommes politiques de la bourgeoisie, il transpire le mépris de classe. Pour lui et ses semblables, les exploités sont faits pour être gouvernés. Le plus souvent, ce mépris est masqué sous les phrases hypocrites de politiciens bourgeois qui cherchent à faire bonne figure pour avoir les voix des travailleurs. Mais parfois il ressort, et avec Macron, il ressort même souvent. Comme on dit : avoir l’air faux jeton à ce point là, c’est vraiment de la franchise !

Pierre ROYAN