Prime d’activité : l’art d’accommoder les miettes

06 Février 2019

Le Premier ministre, Édouard Philippe, était en visite à la Caisse d’allocations familiales (Caf) de Beauvais, lundi 4 février. Il avait pour mission de vanter l’augmentation de la prime d’activité et son attribution à un plus grand nombre de bénéficiaires.

Le centre-ville était bouclé et les forces de l’ordre maintenaient à distance d’Édouard Philippe les gilets jaunes et les militants syndicaux venus manifester. C’est donc à un public trié sur le volet que le Premier ministre a pu affirmer que le gouvernement « tenait les engagements pris » et que « dès demain 3,5 millions de foyers, dont 700 000 nouveaux, vont bénéficier de la prime d’activité ».

Macron, sous la pression de la contestation des gilets jaunes, avait annoncé en décembre une augmentation de 100 euros pour les salariés au smic, « sans qu’il en coûte un euro aux employeurs » précisait-il, ce qui suffisait à flairer l’entourloupe. L’annonce que la hausse en question était basée sur la revalorisation automatique du smic et sur le cumul de la revalorisation déjà prévue de la prime d’activité confirmait rapidement qu’il s’agissait d’une manipulation. Cela revenait à verser en une fois la hausse de 80 euros prévue sur quatre ans. Même si ces quelques dizaines d’euros supplémentaires par mois sont bienvenus pour ceux qui les touchent, l’augmentation véritable du smic est bien plus faible.

L’élargissement du nombre des bénéficiaires est tout aussi relatif : les salariés touchant jusqu’à 1,5 fois le smic auraient désormais accès à la prime. Mais les critères d’attribution et les paramètres de calcul font que, d’après la Caf elle-même, près de 45 % des travailleurs au smic en sont exclus. En effet, l’attribution dépend des revenus du foyer, de sa composition, du versement d’autres prestations sociales, de l’âge des membres du foyer, etc.

Le système de la prime d’activité, censé valoriser le travail, pousse l’absurde au point que les salariés les plus précaires et les plus mal lotis, dont les revenus n’atteignent pas la moitié du smic, n’y ont pas droit, pas plus que les personnes en situation de handicap ou cumulant un petit boulot et une pension d’invalidité par exemple, tandis que les chômeurs doivent se contenter de leurs allocations.

Le gouvernement a prétendu répondre aux revendications de pouvoir d’achat par ce tour de passe-passe sur la prime d’activité. Mais par cette dernière, augmentée ou non, élargie ou non, l’État permet surtout au patronat de continuer à verser à des millions de travailleurs des salaires insuffisants pour vivre.

Nadia CANTALE