Perquisition chez Médiapart : police de la pensée

06 Février 2019

Le 4 février, deux magistrats du parquet accompagnés d’enquêteurs se sont présentés devant les locaux du journal numérique Médiapart. Ils voulaient mettre la main sur l’enregistrement d’une conversation entre Benalla et Vincent Crase, les deux comparses qui avaient participé au tabassage de manifestants le 1er mai dernier, à Paris.

Faute d’un mandat d’un juge des libertés et de la détention, comme la loi l’aurait exigé, les journalistes de Médiapart ont refusé de donner l’accès aux enquêteurs qui ont dû repartir bredouilles. Si le parquet, soumis au pouvoir exécutif, a pris cette initiative, c’est sans doute qu’elle émane du pouvoir lui-même. En effet, l’affaire Benalla ne cesse d’être embarrassante et compromettante pour Macron et son entourage, qui voudraient connaître les sources des journalistes pour tenter de les réduire au silence.

Le motif mis en avant pour cette perquisition est assez curieusement « l’atteinte à l’intimité de la vie privée » de Benalla, lequel n’a pourtant jamais rien demandé à ce sujet. Il s’y ajoute le soupçon plus sérieux de « détention illicite d’appareils ou de dispositifs techniques de nature à permettre la réalisation d’interceptions de télécommunications ou de conversations », autrement dit d’appareils sophistiqués permettant l’écoute à distance de ce qui se dit. Un appareillage dont dispose la police, et donc le pouvoir, et dont ils voudraient bien garder le monopole.

André VICTOR