Les difficultés de L’Humanité : pour une presse ouvrière militante

06 Février 2019

Le 30 janvier se tenait une audience du tribunal de commerce de Bobigny concernant l’avenir du journal L’Humanité, en cessation de paiement. Le tribunal devait donner sa réponse le 7 février sur la demande de redressement judiciaire présentée par les dirigeants du quotidien.

Patrick Le Hyaric, directeur de L’Humanité, a indiqué qu’« aucune banque, à l’heure actuelle, n’a voulu s’engager à nos côtés » et dénoncé le fait que l’aide de l’État à son journal a été diminuée d’un million d’euros depuis la fin 2015. Depuis la mise en cessation de paiement en janvier, la rémunération des 200 salariés du journal serait assurée par l’AGS, le régime patronal de garantie des salaires, qui prend le relais en cas de faillite.

Contrairement à la plus grande part de la presse quotidienne, le journal n’appartient pas à une des familles capitalistes du secteur, comme Bernard Arnault pour Les Échos et Le Parisien, Xavier Niel pour Le Monde, Dassault pour Le Figaro, Bettencourt pour L’Opinion, Tapie pour La Provence, Patrick Drahi pour Libération. Lagardère, TF1 et la Caisse d’Épargne, qui étaient entrés au capital de L’Humanité en 2001, en sont depuis sortis.

Les difficultés financières de L’Humanité s’inscrivent dans celles de la presse papier en général, qui recule de façon continue, entre autres en raison du développement du numérique. Mais elles reflètent surtout la baisse d’audience et le recul militant du Parti communiste, dont le quotidien a été l’organe central pendant des dizaines d’années. Et sa politique en a été la cause principale.

Quand L’Humanité a été fondée en 1904 par Jean Jaurès, il s’agissait d’un journal de combat visant à mettre fin à l’exploitation et la barbarie capitalistes. Devenu organe du Parti communiste en 1921, il concentra la haine de la bourgeoisie en raison de son combat pour la révolution socialiste mondiale, son rejet du colonialisme comme de toute participation à des gouvernements dans le cadre du capitalisme.

Devenu stalinien, le Parti communiste abandonna une politique révolutionnaire. Mais, malgré ses reniements, il conserva une grande partie de ses militants ouvriers, pour qui L’Humanité était un outil quotidien et qui en assuraient dans les usines, les bureaux, les quartiers populaires, la vente militante. Mais le PCF dévoya l’énergie, le dévouement de ces militants, sacrifiant la lutte de classe à la participation à des gouvernements antiouvriers, faisant chuter l’influence du PCF et brisant le moral de ses adhérents.

Aujourd’hui, les appels et soutiens se multiplient au nom du pluralisme de la presse, pour « sauver le journal de Jaurès », comme s’il s’agissait d’un monument historique en péril. Michel Drucker a affiché son soutien en posant avec la une de L’Humanité. L’Humanité signale que des élus LREM, Les Républicains ou socialistes affirment que le journal doit continuer d’exister. Mais ce n’est pas sur ce genre de soutiens que les travailleurs et militants ouvriers doivent compter.

Alors que le capitalisme montre chaque jour davantage son visage hideux, une presse du mouvement ouvrier serait plus que jamais nécessaire. Mais elle ne peut vivre que grâce au soutien des travailleurs et des militants ouvriers. Cela ne peut se séparer d’une politique communiste révolutionnaire visant, non à intégrer, mais à renverser cette société d’exploitation.

Christian BERNAC