Carrefour Milénis Guadeloupe : les grévistes gagnent une manche

06 Février 2019

Le 5 février, on en était à 74 jours de grève pour les salariés de l’hypermarché Carrefour Milénis et du magasin de gros et demi-gros Promocash, en Guadeloupe.

150 salariés sur 260 sont en grève. Une partie d’entre eux tiennent le piquet de grève sous deux tentes, y vivant et y dormant à tour de rôle. C’est là qu’ont lieu assemblées générales, discussions, repas et meetings de soutien. Ces deux entreprises appartiennent au groupe SAFO, dont les actionnaires majoritaires sont les riches békés Despointes, descendants d’une famille de colons blancs.

Les Despointes veulent supprimer plusieurs primes, ce qui revient à retirer entre 160 et 200 euros sur la paye mensuelle des travailleurs. Pourtant, le groupe peut payer. Il est classé 44e distributeur français, avec un patrimoine de 210 millions d’euros en 2018, qui a augmenté de 30 millions en un an.

Lundi 28 janvier, la direction est parvenue à rouvrir le magasin avec le peu de personnel non gréviste. Cela n’a pas entamé le moral des grévistes, qui ont manifesté dans les allées avec des sifflets tout en distribuant des tracts aux clients. Le coup de force de Despointes a échoué, car il n’a pu faire fonctionner son hypermarché tranquillement, perdant beaucoup de clients, et surtout il n’a pas réussi à casser le moral des grévistes.

Le jeudi 31 janvier, ceux-ci ont reçu le soutien des enseignants grévistes mobilisés contre les suppressions de postes prévues par le gouvernement. Ils ont défilé dans les galeries du site aux cris de « Solidarité ! »

Samedi 2 février, à l’appel d’une trentaine d’organisations syndicales, politiques et associatives, environ mille manifestants se sont rassemblés à Pointe-à-Pitre. En soutien aux grévistes, ils ont marché jusqu’à la ville des Abymes en direction du Carrefour Milénis, que la direction avait fermé en catastrophe avant l’arrivée du cortège. Les manifestants ont réussi à entrer et ont occupé pendant plusieurs heures la galerie marchande, jusqu’à ce que le préfet accepte une médiation pour une nouvelle négociation entre grévistes et direction.

Le lendemain, dimanche 3 février, en assemblée générale, les grévistes ont voté la poursuite de la grève à l’unanimité. Un comité d’organisation de la grève élu gère au quotidien toute l’organisation, dont la caisse de grève qui permet de soulager ceux qui parmi les grévistes ont le plus besoin de ce secours

Lundi 4 février, devant l’annexe de la direction du travail dans la zone de Jarry près de Pointe-à-Pitre, 150 grévistes, travailleurs et militants sont venus soutenir leur délégation. Le préfet, médiateur, a entendu d’abord les deux parties. On saura bientôt si les négociations reprendront effectivement entre patrons et représentants des grévistes. En tout cas, ceux-ci font toujours preuve d’un moral à toute épreuve.

Noéline Ramin