À propos d’une lettre du NPA : ne pas relancer une fausse alternative

30 Janvier 2019

Dans une lettre signée d’Olivier Besancenot, Christine Poupin et Philippe Poutou au nom du NPA, les syndicats, associations et partis politiques – dont Lutte ouvrière –ont été invités lundi 28 janvier à une réunion. Il s’agissait selon le NPA d’étudier comment, dans la situation créée par le mouvement des gilets jaunes, « le mouvement ouvrier, les organisations du mouvement social, l’ensemble de la gauche sociale et politique » pourraient « prendre toute leur place ».

La lettre énonçait des objectifs comme « le soutien au mouvement des gilets jaunes, le combat résolu contre l’extrême droite, l’expression de nos revendications en faveur du monde du travail ». Elle y ajoutait « la construction de mobilisations contre la politique du gouvernement en convergence avec la contestation jaune (et la question de la grève) ».

Lutte ouvrière a répondu négativement à cette invitation, qui s’adressait également à des organisations comme La France insoumise de Mélenchon, le PCF, le mouvement de Benoît Hamon Génération.s et d’autres.

Le mouvement des gilets jaunes témoigne, depuis trois mois, de l’exaspération des couches populaires devant la dégradation de leur situation en matière de pouvoir d’achat, le chômage et la précarité croissante, l’aggravation des conditions de vie et la défaillance des services publics. Il s’en prend à juste titre au gouvernement Macron et à sa politique car si cette situation est le résultat de la crise de l’économie capitaliste, elle résulte aussi de la façon dont les gouvernements successifs ont travaillé à en faire payer les conséquences aux classes populaires.

Or parmi ces gouvernements il n’y a pas seulement le gouvernement Macron-Philippe, le dernier en date, mais aussi les gouvernements du quinquennat de François Hollande, auxquels ce que le NPA nomme « l’ensemble de la gauche sociale et politique » a apporté son soutien. Cette gauche s’y est complètement discréditée, au point qu’aujourd’hui les couches populaires et les travailleurs mobilisés dans le mouvement des gilets jaunes refusent de se reconnaître dans ses partis et dans les syndicats, constatant qu’ils ont trahi leurs aspirations.

Bien sûr ces organisations – auxquelles il faudrait ajouter le Parti socialiste que le NPA n’a tout de même pas invité – sont maintenant dans l’opposition et dénoncent la politique du gouvernement Macron pour tenter de retrouver un peu de crédit. Il est dans leur nature de vouloir, à terme, réussir à apparaître comme une alternative politique au gouvernement actuel. Mais si elles y parvenaient, on a vu dans le passé que cette « alternative » ne ferait rien d’autre que se soumettre aux exigences des grandes sociétés capitalistes. Que pourrait-on en attendre d’autre qu’une réédition de l’expérience désastreuse du gouvernement Hollande, sans doute en pire ?

Si même un véritable mouvement d’ensemble naissait contre la politique gouvernementale et patronale – voire cette « grève générale » à laquelle Olivier Besancenot a appelé dans un entretien télévisé –, ces organisations n’auraient certes pas besoin des conseils du NPA pour tenter d’y prendre, comme dit la lettre, « toute leur place ». Elles ne le feraient pas pour conduire ce mouvement à une véritable victoire pour les travailleurs, mais pour le dévoyer vers leurs propres perspectives, comme elles l’ont toujours fait dans le passé. Il faudrait non pas soutenir cette tentative, mais la combattre.

Alors pourquoi vouloir faire croire que « nos revendications en faveur du monde du travail » seraient les mêmes que celles de ces organisations ? Pourquoi faire semblant de croire qu’elles pourraient s’engager dans « la construction de mobilisations contre la politique du gouvernement » autrement que pour tenter de redonner un peu de vernis à leur politique faillie ? De la part du NPA, c’est au fond une façon de se dire prêt à adhérer à une telle politique. C’est choisir une démarche à laquelle il n’est pas question que Lutte ouvrière apporte sa caution.

Aujourd’hui, la classe ouvrière a besoin de se mobiliser pour imposer ses exigences en matière économique et sociale, de le faire avec toute la force que peut lui donner sa place dans les entreprises, son rôle dans la production des richesses et dans la société en général. Mais à travers ses mobilisations, elle doit aussi se mettre en situation de montrer qu’en tant que classe, elle est la seule à pouvoir offrir une alternative à cette société qui s’enfonce dans la crise et à ce système capitaliste en décrépitude.

C’est à cela que vise, dans la mesure de leurs forces, l’intervention des militants de Lutte ouvrière. Cette perspective n’a rien à voir avec celle qui voudrait redonner vie aux fausses alternatives politiques dont les travailleurs n’ont que trop fait l’expérience.

André FRYS