Pénurie organisée de maternités : alertez les bébés !

30 Janvier 2019

C’est un service même du ministère de la Santé, la Dress, qui le reconnaît dans une étude qu’elle vient de publier : 1,6 million de femmes en âge d’avoir un enfant ont ce que la Dress appelle une accessibilité faible aux sages-femmes dans 13 000 communes. Et 167 000 d’entre elles doivent même faire au moins 45 minutes de trajet pour accéder à une maternité ou à une sage-femme.

Et cela n’a rien d’étonnant car en vingt ans, entre 1996 et 2016, le nombre de maternités a diminué en France de 40 %. Et ce n’est pas l’augmentation du nombre des sages-femmes, de 3 % depuis 1999, qui pourrait compenser ce manque de structures de suivi et de soins, de soignants et de soignantes pour les femmes enceintes. À tel point que divers médias ou sites spécialisés parlent à ce propos à juste titre de désert obstétricien.

Un désert qui n’a rien de naturel car, année après année, chaque gouvernement s’est employé à l’étendre en privant les maternités de moyens humains et matériels, puis en les fermant. Et cela ne s’arrête pas : du Blanc dans l'Indre, à Creil dans l’Oise, à Bernay dans l’Eure, 35 nouvelles maternités sont dans le collimateur du gouvernement.

C’est ce que, samedi 26 janvier à Bernay, dénonçaient les participantes et participants de la Grande marche des maternités en colère, rejoints d’ailleurs par des gilets jaunes.

En mars dernier, l’Agence régionale de santé de Normandie avait justifié la décision de fermer la maternité de Bernay en invoquant un déficit financier et la baisse de natalité. Elle avait aussi pointé « des tensions sur la démographie médicale », en clair : un manque de médecins, de sages-femmes, d’infirmières. Comme s’il était impossible de créer les postes nécessaires ! Cela creuserait le déficit financier de l’établissement ? Mais a-t-on jamais parlé du déficit financier de l’armée, entretenue finalement pour ôter la vie, alors que les maternités, elles, doivent assurer les meilleures conditions d’accouchement à celles qui donnent la vie ?

Et il faut tout le culot sans borne d’un Macron pour justifier, dans l’Eure lors de son débat à Grand-Bourgtheroulde, la fermeture de la maternité de Bernay au nom de la santé publique. Les petites maternités, rengaine serinée en haut lieu, ne pourraient garantir le maximum de sécurité médicale aux parturientes et à leurs bébés. Mais, encore une fois, pourquoi ne pas leur en donner les moyens humains et matériels ? Et en quoi les femmes seraient-elles plus en sécurité quand de plus en plus doivent accoucher dans une voiture, avant d’avoir pu atteindre la plus proche maternité encore ouverte ?

Ce gouvernement et ses soutiens n’ont pas de mots assez forts pour fustiger ce qu’ils appellent la violence des gilets jaunes. En revanche, la violence faite aux femmes et à leurs bébés avec la fermeture de toujours plus de maternités, ils n’en parlent pas, parce qu’ils l’organisent en retirant aux services de santé, comme au reste des services publics, ce qu’il versent aux entreprises et à leurs actionnaires.

Pierre LAFFITTE