Nourriture trafiquée : comment nourrir les profits

30 Janvier 2019

Le procès des responsables de la carambouille sur la viande de cheval vendue pour de la viande de bœuf a débuté le 21 janvier, six ans après les faits. À l’époque, la police et la répression des fraudes de divers pays européens avaient mis au jour un trafic : en deux ans 500 tonnes de viande de cheval ont transité par plusieurs pays en changeant d’étiquetage.

Des dizaines de lots de plats comportant de la viande hachée, vendus sous toutes les étiquettes, dans toutes les chaînes de supermarchés, jusqu’à Hong Kong, avaient été retirés précipitamment. Le grand public avait appris au passage que nombre de plats cuisinés étaient préparés à partir d’un « minerai de viande » composé de tous les morceaux, y compris les os, invendables en boucherie et passés au concasseur. La suite de l’enquête avait révélé des pratiques similaires sur le mouton et jusqu’à la vente aux boucheries chevalines d’animaux ayant été utilisés pour des expériences de laboratoire.

Les gouvernements de tous les pays concernés, particulièrement la France et les Pays-Bas, où sont basées les deux entreprises dont les patrons sont aujourd’hui jugés, avaient juré que les contrôles allaient être renforcés. Il n’en a rien été. En France, la Direction de la répression des fraudes a continué à perdre des emplois par centaines. Chaque inspecteur doit contrôler un nombre toujours plus grand d’entreprises, dispersées sur un secteur toujours plus étendu. Il n’est donc pas étonnant que des affaires de ce type se soient à nouveau produites, comme celle du lait infantile Lactalis pollué à la salmonelle en 2016, et le scandale des œufs au Fipronil en 2017, concernant à chaque fois des centaines de milliers de produits.

L’année 2019 commence avec la révélation que le cabillaud, désormais produit en grande quantité dans des élevages industriels des mers froides, est souvent chimiquement lesté d’eau et artificiellement blanchi avant d’être congelé. De plus, les carrés surgelés de cabillaud pané seraient composés de rognures n’ayant rien à envier au sinistre minerai de viande. On peut raisonnablement s’attendre à des déclarations rassurantes des capitalistes de la pêche et de la distribution, affirmant que c’est la dernière fois qu’une telle horreur se produit. Elles seront renforcées par celles des ministres concernés qui garantiront que, dorénavant, l’administration exigera des entreprises le plus strict des auto-contrôles.

Le problème restera évidemment entier, tant il est vrai que fermes, usines et pêcheries tournent d’abord pour les profits de quelques-uns, quitte à mentir, voler, voire trafiquer et empoisonner la nourriture qu’ils vendent.

Paul GALOIS