Grand débat : l’art de noyer le poisson

30 Janvier 2019

Mardi 29 janvier, le site officiel du grand débat recensait 1 828 événements, passés ou à venir. Des réunions regroupant jusqu’à plusieurs centaines de personnes ont été relayées par les médias. Certaines ont été organisées pour servir d’écrin à Macron ou à son Premier ministre, d’autres se sont déroulées en présence de ténors de moindre calibre. Mais toutes, jusqu’à présent, se sont tenues selon le même modèle, celui mis au point par les services de l’Élysée.

Les participants prennent la parole chacun leur tour pour exprimer ce qu’ils ont sur le cœur, dans le cadre des sujets définis par l’Élysée. Les questions et contributions sont notées. Il y en aurait à ce jour plus de 100 000.

Le premier objectif de cette mise en scène gouvernementale est de tenter de mettre un terme au mouvement des gilets jaunes, en particulier aux manifestations hebdomadaires. Mais elles ont continué sans faiblir et elles recommenceront samedi 2 février. Le second objectif consiste à noyer la question centrale posée par les gilets jaunes, celle du pouvoir d’achat, sous un flot d’autres questions, comme la vitesse sur route, le référendum d’initiative populaire, voire l’existence du Sénat. Et tout cela doit permettre, à chaque fois, au représentant du gouvernement, maire, député ou autre, de se déclarer fier et heureux de voir la démocratie fonctionner.

Mais le poisson du mécontentement est vivace et s’avère difficile à noyer. Même dans ces réunions formatées, les problèmes et les sentiments des travailleurs arrivent à s’exprimer. À Sartrouville, une mère de famille dit ses difficultés à s’occuper de son enfant autiste. À Pau, une femme sans emploi dit : « Je ne suis pas une fainéante, j’ai cotisé 35 ans, j’en ai vu des fainéants, et ce n’étaient pas les moins bien payés. » À Beauvais, une femme s’élève contre les trop grandes différences entre les classes sociales et exige des mesures. Partout, des retraités et des salariés crient qu’on n’arrive plus à finir le mois. Aucun discours sur la démocratie, aucune considération filandreuse sur les bonnes et les mauvaises taxes, l’équilibre du budget ou les prétendues beautés de la libre entreprise ne pourra masquer ce fait : le niveau de vie de la classe travailleuse se dégrade d’année en année, par le blocage des salaires, par le chômage et la précarisation, par le blocage des pensions et allocations, par la destruction des services publics. Et pendant ce temps les profits des capitalistes explosent.

Les gilets jaunes ont posé la question du pouvoir d’achat sur la place publique et démontré qu’on pouvait relever la tête. Mais seuls les travailleurs peuvent s’en prendre à la racine du mal : le pouvoir du capital.

Paul GALOIS