RDC : changer le président pour que rien ne change

23 Janvier 2019

La mascarade de l’élection présidentielle en République démocratique du Congo (RDC) a pris fin avec la proclamation de Félix Tshisekedi comme nouveau président. Dans les élections législatives qui avaient lieu en même temps, le parti de l’actuel président, Joseph Kabila, a obtenu la majorité.

Ce résultat n’a rien à voir avec la réalité sortie des urnes telle que l’annonçaient les observateurs, accordant la victoire à un autre opposant, Martin Fayulu, avec près de 60 %. Il s’agit clairement d’un arrangement entre Kabila et Tshisekedi pour se partager le pouvoir. Ses 350 députés assurent à Kabila la possibilité de choisir le Premier ministre et de mettre qui il veut à la tête des ministères. Autant dire qu’il gardera la main sur l’appareil répressif, police et armée, ainsi que sur les ministères contrôlant les mines et les accords avec les entreprises étrangères. La part du gâteau reçue en échange par le clan de Tshisekedi ne va pas tarder à apparaître au grand jour. Par ce tour de passe-passe, Kabila, qui avait repoussé de deux ans les élections en réprimant sauvagement les manifestations réclamant son départ, réussit à garder le pouvoir réel, à préserver l’immense fortune de son clan et à s’assurer l’impunité pour ses crimes. Il pourra même se représenter aux prochaines présidentielles.

Kabila suscite la haine de la population pauvre et des travailleurs, qui ont à maintes reprises bravé la répression pour le voir partir. Lui-même et son clan ont détourné pendant dix-huit ans la plus grande partie des ressources de l’État congolais, laissant les habitants végéter dans la misère. Mais, dans ces élections truquées, les travailleurs n’avaient vraiment rien à attendre de ses principaux adversaires. Félix Tshisekedi a pour principal titre de gloire d’être le fils de son père Étienne, présenté comme un opposant de toujours à Mobutu puis à Kabila, à ceci près qu’il fut ministre de l’Intérieur de Mobutu et trempa dans l’assassinat du leader nationaliste Patrice Lumumba, avant d’être écarté par le dictateur. Martin Fayulu, lui, a fait sa carrière dans les hautes sphères du groupe pétrolier Exxon Mobil Afrique. À ce titre, il a participé au pillage des ressources de la RDC et des pays dans lesquels il est passé. Ses alliés n’avaient rien de reluisant non plus. Il s’agissait de l’ancien richissime gouverneur de la province minière du Katanga Moïse Katumbi et du seigneur de la guerre Jean-Pierre Bemba, dont les hommes ont perpétré en Centrafrique d’horribles massacres.

Rien de ce qui se passe en RDC ne laissant indifférentes les grandes puissances, celles-ci ont fini par entériner les résultats proclamés, après avoir émis quelques doutes. L’important pour leurs dirigeants est que le pillage des ressources minières et pétrolières du pays puisse continuer, et c’est cet objectif qu’elles camouflent sous les termes de stabilité ou transition démocratique. Les sommets de l’État congolais bradent l’accès du sous-sol aux compagnies internationales en échange d’une infime partie de leurs profits, et constituent ainsi leur fortune et celle de leur clan. Les élections se résument à une question d’accès à cette mangeoire. Rien ne va bien entendu à la population qui croupit dans les bidonvilles sans eau potable ni électricité ni soins médicaux. Pour que cela puisse continuer, les grandes puissances entendaient uniquement écarter Kabila de la présidence avant que la population ne s’en charge violement et risque ainsi d’entraver le pillage du pays. L’objectif étant atteint avec Tshisekedi, la réalité des résultats ne leur importe en rien.

Daniel MESCLA