On ne changera pas notre sort sans s’attaquer à la classe capitaliste

23 Janvier 2019

« Grande manœuvre », « Grand foutage de gueule », les pancartes brandies dans les manifestations de samedi, qui ont encore réuni 84 000 personnes, montrent que les gilets jaunes ne sont pas dupes : c’est la mobilisation qui paye.

C’est la mobilisation qui a forcé Macron à lâcher du lest sur la CSG des retraités et qui amène aujourd’hui certaines entreprises à verser une prime exceptionnelle aux salariés. Et pour que les travailleurs arrachent de nouvelles concessions au gouvernement et au grand patronat, il leur faudra se mobiliser, encore et toujours.

Quel que soit le cinéma fait autour du grand débat national, Macron ne répondra pas à la colère sociale. Il fera, bien sûr, quelques aménagements pour montrer qu’il a pris en compte les remontées du débat. Il est déjà question d’adapter les 80 km/h et cela ne lui posera aucun problème d’anticiper les changements institutionnels qu’il voulait faire, et d’introduire par exemple une pincée de proportionnelle à l’Assemblée nationale.

Mais la seule façon de répondre aux problèmes des salaires, des petites retraites, du chômage de masse et du manque de moyens de l’État est de s’attaquer aux profits de la classe capitaliste. Cela, Macron refusera toujours de le faire. Son refus de rétablir l’ISF, qui est somme toute symbolique par rapport à tous les cadeaux faits à la classe capitaliste, prouve qu’il ne touchera pas à un seul cheveu des plus riches.

Ce choix de classe n’est pas propre à Macron. Tous les présidents qui se sont succédé ont gouverné en faveur de la bourgeoisie et contre le monde du travail. Tous ont protégé la classe capitaliste, justifié ses profits et les reculs qu’elle impose à la condition ouvrière. Y compris Hollande, alors qu’il avait désigné la finance comme son ennemie. Et, quel que soit celui qui remplacera Macron, il fera la même chose.

Draguer les investisseurs étrangers pour qu’ils daignent s’installer en France, comme Macron le fait aujourd’hui à Versailles, est le sport présidentiel favori. En leur temps, Sarkozy et Hollande avaient eux aussi déroulé le tapis rouge aux plus riches, avec le même discours : il fallait garantir une fiscalité avantageuse aux capitalistes, des facilités administratives et un marché du travail libéré des prétendues chaînes du Code du travail. Et avec tout ça, l’économie était censée redémarrer !

Résultat, on s’enfonce dans la crise. Tout ce que ces prétendus investisseurs savent faire, c’est empocher les profits, amasser des montagnes de capitaux, tant et si bien que 26 personnes possèdent désormais autant que la moitié la plus pauvre de l’humanité, soit 3,8 milliards d’êtres humains.

Quand bien même ces grands groupes investissent très peu et ne créent pas d’emplois, les gouvernements n’ont pas d’autre politique que celle de les servir. Quelle que soit leur étiquette, tous les politiciens défendent cet ordre social, où une minorité concentre dans ses mains une masse de capitaux et détient plus de pouvoir qu’ils n’en ont, eux, à la tête de l’État. Gouverner dans le cadre de la domination de ce grand capital, c’est faire la politique qui lui convient et se soumettre à sa loi, la loi du profit.

Le 15 janvier, Macron a déclaré : « Les gens en situation de difficulté, on va davantage les responsabiliser, car il y en a qui font bien et il y en a qui déconnent. » Mais quand les PDG versent 57 milliards aux actionnaires et bloquent les salaires, ils font bien ou ils déconnent ? Quand ceux qui possèdent des milliards de capitaux s’en servent pour racheter des concurrents ou spéculer en Bourse alors qu’il faudrait embaucher, investir dans la construction de logements et dans les transports publics, ils font bien ou ils déconnent ?

S’il y a des comptes à demander, ce n’est pas aux plus pauvres ou aux chômeurs, qui ne sont responsables de rien. C’est aux capitalistes, qui ont le pouvoir et qui décident ou non d’investir et de produire. Non seulement leur fortune est basée sur l’exploitation des travailleurs, mais ils dirigent l’économie de façon irresponsable, parce qu’ils sont aveuglés par leurs profits et se moquent des besoins de la collectivité.

Des problèmes aussi élémentaires que loger la population, la soigner ou s’occuper des personnes handicapées ou dépendantes, paraîtront insolubles tant que les travailleurs ne mettront pas leur nez dans les affaires des grands groupes capitalistes.

Pour que la société reparte de l’avant, il faut contester le droit du grand capital de faire ce qu’il veut des profits que tous les travailleurs contribuent d’une façon ou d’une autre à produire. Il faut l’exproprier et prendre collectivement le contrôle de l’économie.

Éditorial des bulletins d’entreprise du 21 janvier 2019