Mexique : explosion mortelle d’un oléoduc

23 Janvier 2019

Selon le dernier bilan, 91 personnes ont été tuées et au moins 74 blessées par l’explosion d’un oléoduc de la compagnie pétrolière mexicaine Pemex, non loin de Tlahuelilpan, dans l’État de Hidalgo, à une centaine de kilomètres de Mexico. À ce jour, 67 seulement des 91 tués ont pu être identifiés.

L’oléoduc avait été percé, vraisemblablement par des trafiquants, pour y soutirer du carburant. Des habitants vivant dans les environs y ont vu une aubaine et venaient à leur tour se servir, quand l’oléoduc a finalement explosé, déclenchant un incendie. Que des gens aient pris de tels risques n’est pas étonnant, puisque la moitié des 126 millions de Mexicains vit en dessous du seuil de pauvreté.

Le président Andrés Manuel Lopez Obrador, qui a pris ses fonctions en décembre dernier, a immédiatement réagi, car une de ses promesses électorales est de s’attaquer aux réseaux de la pègre qui gangrènent le Mexique. Il prétend notamment mettre fin aux vols de carburant.

Ce trafic a représenté en 2017 une perte d’environ trois milliards de dollars pour l’État. On a en effet recensé plus de dix mille siphonnages sur les canalisations de la compagnie pétrolière Pemex ; des vols commis par des gangs ou des particuliers. Cette pratique, le huachicol, alimente un marché noir qui touche notamment l’État de Puebla avec la seconde ville du pays. Il existe même des stations-service alimentées par ce trafic.

En conséquence, dans certains États, le gouvernement a choisi de fermer les oléoducs dans l’espoir d’étouffer le trafic. Mais, dans une dizaine d’États, ce trafic entraîne une situation de pénurie, avec des files d’attente qui s’allongent devant les stations-service. La capitale elle-même a été touchée par la pénurie, ce qui a obligé les autorités à mettre sur pied des livraisons exceptionnelles par camions.

Si dans cette affaire, comme dans bien d’autres au Mexique, on peut facilement montrer du doigt les groupes mafieux, il ne faut pas oublier que la corruption n’épargne pas les sommets de la société. On a pu ainsi entendre parler d’un général associé à un trafic de drogue. Et le président mexicain vient même d’annoncer qu’un ex-cadre de la sécurité chez Pemex est impliqué dans une enquête pour... vol de carburant.

Jacques FONTENOY