Incendie de Courchevel : les damnés des stations de luxe

23 Janvier 2019

Un incendie dans un logement pour saisonniers à Courchevel, cette luxueuse station de ski des Alpes, a provoqué la mort de deux travailleurs de nationalité comorienne, et 25 personnes ont été blessées, certaines avec de graves lésions à la colonne vertébrale après s’être jetées dans le vide pour échapper aux flammes.

Le bâtiment était un ancien hôtel transformé en logement pour saisonniers. D’après ceux qui y logeaient, il était insalubre : « un taudis », a déclaré un ancien locataire. Le chauffage des chambres y était bloqué et il était impossible de l’éteindre. Le feu a pris dimanche vers 4 heures du matin. Ce n’est pas une alarme qui a réveillé les occupants, ce sont les cris et les appels au secours. Selon le témoignage d’un autre saisonnier, il n’y avait ni détecteur de fumée ni alarme incendie et les extincteurs étaient défectueux. La soixantaine de saisonniers étaient entassés dans des petites chambrettes en lambris. « Pour le nombre de résidents qui étaient là, c’était impossible, quelle que soit l’origine [de l’incendie], de sortir indemne », a dit en colère le père d’une jeune saisonnière blessée.

Courchevel est une des stations de ski les plus luxueuses. Il y a de véritables palaces, des chalets de luxe, des « tables étoilées » – c’est-à-dire de très grands restaurants gastronomiques – et un aérodrome pour jets privés et hélicoptères. Le propriétaire du bâtiment qui a pris feu y possède par ailleurs des restaurants haut de gamme et plusieurs hôtels de la station. Mais ce petit paradis des sports d’hiver de la haute bourgeoisie ne tourne pas tout seul. Chaque hiver, 5 000 saisonniers viennent travailler comme employés de maison, employés dans les hôtels et les restaurants, pour faire marcher les remontées mécaniques ou encore donner des leçons particulières de ski aux millionnaires et à leur famille.

Même s’ils font tout, ces milliers de travailleurs sont invisibles, comme le sont les travailleurs en général. Mais ils le sont plus encore. Car quand il s’agit de son luxe et de son confort, la bourgeoisie veut que tout soit fait sans qu’elle ait rien à demander et, surtout, elle ne veut pas voir ceux qui doivent s’activer pour anticiper ses désirs. Et s’ils sont logés dans des taudis insalubres sans la moindre sécurité par des margoulins, ce n’est sûrement pas son problème.

Pierre ROYAN