États-Unis : grève dans les écoles de Los Angeles

23 Janvier 2019

Les enseignants et le personnel des écoles, collèges et lycées publics du district de Los Angeles, en Californie, ont conduit une grève du 14 au 22 janvier. Ils réclamaient de meilleurs salaires, des classes moins surchargées et l’embauche d’infirmières, de psychologues, de bibliothécaires et de conseillers d’éducation. Leur grève massive a touché 900 établissements scolaires et 600 000 élèves.

Beaucoup de familles qui confient leurs enfants aux écoles publiques sont pauvres et les trois quarts sont hispaniques : 80 % des élèves de ce district scolaire, le second plus grand du pays, bénéficient de tarifs réduits de cantine à cause du manque de revenus de leurs parents.

Ailleurs, dans les quartiers où la spéculation immobilière rend les prix des logements inabordables, même un salaire d’enseignant ne permet pas de se loger. Les familles aisées scolarisent de plus en plus leurs enfants dans des écoles privées (charter schools), qui absorbent une grande part des budgets scolaires. La majorité des élus du district scolaire de Los Angeles, élus en 2017 grâce à un fonds de 10 millions de dollars récoltés auprès de milliardaires, encouragent le développement de ces charter schools qui rapportent aux entreprises qui les possèdent.

Par contre, dans les écoles publiques de Los Angeles, les classes sont surchargées. En espérant éviter la grève, les autorités scolaires ont parlé de limiter le nombre d’élèves à une moyenne de 35 par classe dans les écoles, 32 dans les zones les plus pauvres, et 39 dans les collèges et lycées. C’est dire que les effectifs actuels dépassent ces limites, avec souvent plus d’élèves que de places assises, et que l’éducation des enfants des classes populaires est sacrifiée.

Cette grève a posé un problème au Parti démocrate, qui domine la vie politique locale. Le syndicat des enseignants et personnels scolaires a reçu le soutien verbal du maire démocrate de Los Angeles, qui a surtout fait pression pour que des négociations mettent fin rapidement à ce mouvement.

Or la grève a été déclenchée après des mois de négociations infructueuses avec le gestionnaire du district scolaire, un homme d’affaires nommé à ce poste grâce à sa proximité avec les dirigeants démocrates. Le président du syndicat n’a d’ailleurs décidé la grève qu’à contrecœur, en déclarant le premier jour que « les éducateurs ne veulent pas la grève ».

Il a présenté le compromis de fin de grève comme une victoire. Un bibliothécaire devrait être affecté à chaque lycée et les infirmières scolaires devraient être présentes chaque jour dans les écoles, plutôt qu’un seul jour par semaine avant la grève. Les effectifs devraient diminuer d’un élève par classe et par an d’ici 2022. En revanche, les autorités n’ont pas bougé sur l’augmentation de salaire de 6 % déjà proposée avant la grève, faisant suite à des années de gel.

Les grévistes ont toutefois arraché l’abrogation d’une disposition qui autorisait les autorités à les mettre en congé sans salaire ou à baisser les salaires en cas de crise économique. Les personnels scolaires avaient été durement frappés par de telles mesures dans les années suivant la crise financière de 2008.

Reste que cette semaine de grève a été marquée par de très nombreux piquets de grève devant les écoles, mêlant enseignants, élèves, personnel scolaire et parents voulant agir pour que leurs enfants étudient dans de meilleures conditions. Des manifestations quotidiennes ont rassemblé une foule de 50 000 personnes.

Cette grève vient après une série d’autres, qui ont touché l’an dernier les établissements scolaires d’États plus pauvres et qui ont arraché des augmentations de salaire importantes. Les enseignants d’autres villes en Californie pourraient aussi se mettre en mouvement. Dans cet État, le plus riche du pays, comprenant les sièges de grandes entreprises richissimes, le personnel des écoles a toutes les raisons de se mobiliser.

Lucien DÉTROIT