Zimbabwe : manifestations contre la hausse du prix de l’essence

17 Janvier 2019

Au Zimbabwe, le gouvernement a entrepris de réprimer sauvagement la grève générale lancée par les syndicats pour répondre au doublement du prix des carburants décrété deux jours auparavant.

Dès le premier jour de la grève, lundi 14 janvier, l’armée a quadrillé la capitale, Harare, où les manifestants avaient élevé des barricades. Plusieurs personnes ont été tuées dans les grandes villes du pays, et au moins 200 ont été arrêtées.

La colère de la population contre la cherté de la vie s’accumule depuis des mois. Avant la hausse des carburants, les prix de l’huile, du riz ou du maïs s’étaient envolés. Chacun redoute aujourd’hui que la hausse du coût des transports, en plus de renchérir les déplacements quotidiens, se répercute sur tous les produits de première nécessité.

Cette grève générale intervient à peine un an et demi après le renversement de Robert Mugabe, qui avait régné sur le pays depuis l’indépendance. L’armée l’avait écarté du pouvoir en novembre 2017 et remplacé par Emmerson Mnangagwa, son ancien vice-président, officiellement élu président en juillet 2018.

Sous Mugabe, les États- Unis avait inscrit le Zimbabwe sur la liste des États voyous et instauré des sanctions économiques qui avaient mis le pays à genoux. Cet embargo faisait suite à la décision de Mugabe d’appuyer l’occupation par des paysans noirs des terres appartenant à l’infime minorité de fermiers blancs. Il espérait ainsi regagner une popularité ternie par des années de dictature. Les mesures de rétorsion des grandes puissances avaient totalement étranglé l’économie du pays, le plongeant dans une inflation chronique, un chômage massif et un manque de liquidités dont le Zimbabwe n’est toujours pas sorti.

Le successeur de Mugabe avait promis de relancer l’économie, et entendait pour cela séduire les investisseurs étrangers. Depuis son élection, il a multiplié les gestes à leur égard, mettant sur pied des zones économiques spéciales et annulant la loi qui limitait les prises de participation étrangères dans les entreprises zimbabwéennes. Il doit bientôt se rendre au sommet de Davos, pour tenter de séduire le gratin de l’industrie et de la finance mondiales.

Rien de tout cela n’a changé le sort de la population pauvre, étranglée par l’impérialisme et par ses propres dirigeants. Pour sortir enfin de la misère, les travailleurs du Zimbabwe ont choisi la voie de la lutte, la seule qui puisse être efficace.

Daniel MESCLA