Mœurs policières : viol, dissimulation, mensonges

17 Janvier 2019

Le procès en assises de deux policiers de la brigade de recherche et d’intervention (BRI), accusés du viol en réunion d’une touriste canadienne, vient de commencer.

Ils l’avaient rencontrée dans un bar à proximité du 36 quai des Orfèvres, les locaux de l’époque de la police judiciaire, et elle les y avait accompagnés. Elle raconte comment, ivre et sous emprise de stupéfiants, elle avait été violée par les deux hommes, et probablement un autre.

Les faits remontent à avril 2014 et un premier procès en 2016 avait abouti à un non-lieu. Devant le nombre d’éléments permettant de mettre en doute la parole des policiers, le parquet a ouvert un nouveau procès, cette fois-ci aux assises.

Jusque-là, comme souvent, la parole de la victime et celle des agresseurs ont été mises sur le même plan, les policiers affirmant que les rapports étaient consentis. Mais cela semble bien contradictoire avec le fait que les policiers ont effacé dès le lendemain un certain nombre d’éléments, vidéos et messages, sur leur téléphone. Il ne reste qu’un message envoyé à un de leurs collègues, particulièrement crasseux, lui demandant de se joindre à eux : « C’est une partouzeuse, dépêche. » Ils ont aussi fait disparaître les bas et les lunettes de la femme qui les accuse de l’avoir agressée. Le troisième homme impliqué n’a pas été identifié malgré les examens d’ADN sur tous les fonctionnaires de police présents au moment des faits.

Les avocats des policiers se sont appuyés sur les quelques incohérences du discours de la victime et ont tiré argument de sa consommation d’alcool. Mais, au-delà des faits, il est particulièrement choquant que l’administration ait maintenu en activité ces deux policiers. Il a fallu l’acharnement de cette femme, et le fait qu’il s’agit d’une touriste canadienne, pour que leurs comportements soient remis en cause. Tout un chacun peut constater qu’un travailleur, homme ou femme, pour des faits bien moins graves, parfois sans aucune preuve, est licencié séance tenante par son patron. Mais les policiers, censés faire respecter les lois et protéger les citoyens, selon le message délivré à chacun depuis le plus jeune âge, disposent d’appuis pour la bafouer, et de la pire des façons dans ce cas.

Cette affaire en dit long sur la façon dont un certain nombre d’hommes, mais aussi la justice elle-même, considèrent les femmes et l’usage de leur corps, et comment les institutions peuvent tenter d’empêcher la mise en cause de ceux qui forment le bras armé de l’appareil d’État.

Inès Rabah