Guadeloupe : grève chez Carrefour et Promocash

17 Janvier 2019

La grande majorité des 260 travailleurs de Carrefour Milénis et de Promocash, dans la commune des Abymes près de Pointe-à-Pitre, sont en grève depuis le jeudi 22 novembre.

La direction a voulu imposer un nouvel accord d’entreprise, qui prévoit la perte d’avantages acquis résultant d’accords plus favorables que la convention collective et gagnés sur de nombreuses années, lors de grèves ou de Négociations annuelles obligatoires (NAO). Entre autres, il y aurait une perte de 160 euros par mois sur les tickets restaurants et un remplacement de la prime de transport, pouvant aller jusqu’à 88 euros selon l’éloignement, par une prime de 16,66 euros. En tout, la perte serait d’entre 1 600 et 2 000 euros par an et par salarié.

Par la mobilisation et la grève, une très grande majorité d’entre eux ont refusé de se laisser dépouiller. Dès les premiers jours de la grève, soutenus par la CGTG et l’UGTG, ils se sont portés vers des magasins à enseigne Carrefour Market, dans plusieurs communes de Guadeloupe (Petit-Bourg, le Moule...), pour s’adresser aux travailleurs du même groupe, qui seraient de toute évidence les prochains visés par l’offensive de la direction.

En réponse, la direction a prétendu que l’absence de signature syndicale en dessous de ses propositions scandaleuses lui donnait le droit de passer en force. Mais, la ligne de caisse de Carrefour Milénis étant totalement en grève, elle a dû fermer complètement l’hypermarché. Elle a bien tenté de remplacer les titulaires par des intérimaires, mais l’inspection du travail, interpellée par les grévistes, lui a intimé l’ordre d’arrêter.

Pour décourager les grévistes, le treizième mois, versé à la fin du mois de décembre, n’a pas été versé en totalité. Thierry Sablon, l’un des directeurs du groupe, s’est répandu en mensonges dans les médias, présentant les employés de Carrefour Milénis et de Promocash comme des privilégiés.

Pendant les fêtes de fin d’année, la direction a encore fait appel à des intérimaires, comptant sur les congés des inspecteurs du travail. Elle a envoyé une lettre affirmant qu’elle commencerait la mise en place de son plan dès janvier 2019. La grève n’a pas faibli pour autant. Les grévistes, qui ont installé leur piquet en évidence à l’entrée de l’hypermarché, sont soutenus par la population. Ils reçoivent des dons en nature et en argent pour les aider à tenir. Deux meetings de soutien unitaires, réunissant CGTG, UGTG, Combat ouvrier, Rebelle ! et le Parti communiste guadeloupéen (PCG), ont eu lieu les 28 décembre et 11 janvier, réunissant chacun 300 personnes sur les lieux du piquet de grève, avec prises de parole des grévistes bien entendu.

Vendredi 12 janvier, ayant appris la présence du préfet en déplacement officiel aux Abymes, les grévistes sont allés s’y faire entendre en manifestation. Une médiation de la préfecture était décidée.

Lundi 14, les grévistes, toujours aussi enthousiastes et déterminés, sont allés à la rencontre de leurs camarades des entreprises de Despointes, comme ils le font régulièrement. Ce jour était le tour du Carrefour Market de la ville du Moule. Une réunion entre grévistes et patrons devait se tenir lundi 14 dans l’après-midi.

Les propriétaires, les Despointes, sont des békés c’est-à-dire des membres d’une vieille famille blanche dont les ancêtres ont fait fortune grâce à la traite des Noirs et à l’esclavage. Aujourd’hui, ils perpétuent une exploitation pleine de morgue !

Le groupe Despointes (SAFO) détient, entre autres, une plateforme logistique au Havre et six aux Antilles-Guyane, trois magasins de gros et demi-gros sous enseigne Promocash aux Antilles-Guyane, un hypermarché sous enseigne Carrefour, 14 supermarchés intégrés et franchisés sous enseigne Carrefour Market et 90 magasins de proximité. En 2018, le groupe a réalisé 210 millions d’euros de bénéfices en Guadeloupe, en Martinique et en Guyane. Et il ose pleurer misère !

Les grévistes, dans le bras de fer engagé, méritent le soutien actif de tous les travailleurs et de tous les militants du mouvement ouvrier.

Pierre-Jean Christophe