Bangladesh : grèves pour les salaires

17 Janvier 2019

Plusieurs dizaines de milliers d’ouvrières et ouvriers du prêt-à-porter du Bangladesh ont entamé leur deuxième semaine de grèves et de manifestations pour demander une hausse de leurs salaires, paralysant les faubourgs industriels de la capitale Dacca. Les charges de police ont tué un manifestant et en ont blessé dix autres.

Si les ouvriers payés au plus bas taux ont été augmentés au 1er janvier, portant leur salaire à l’équivalent de 83 euros mensuels, cela reste cependant très insuffisant pour vivre, et il en va de même pour la majorité des salariés du textile. Dimanche 13 janvier, le gouvernement a négocié un accord avec des représentants syndicaux et patronaux pour augmenter aussi les six autres niveaux, mais cela n’a pas arrêté les grèves pour autant.

Les salaires des travailleurs du Bangladesh sont parmi les plus bas du monde. Mais les patrons du textile, qui ont leurs entrées à tous les échelons du gouvernement, disent ne pas pouvoir payer plus leurs ouvriers sans courir à la faillite. Ceux-ci « doivent comprendre qu’on ne peut pas les payer au-delà de ce qui a été conclu, sous peine de devoir fermer nos usines », a déclaré le dirigeant du puissant syndicat patronal, « ils devraient plutôt nous aider à les faire tourner ».

Ces patrons rognent sur tout pour gonfler leurs bénéfices : les salaires, la sécurité (près de deux milliers d’ouvriers sont morts ces dernières années entre les incendies et l’effondrement du Rana Plaza), la santé, les aides sociales, etc., et ils voudraient aussi que leurs ouvriers acceptent sans rien dire !

Derrière l’exploitation féroce que ces employeurs font subir à leurs salariés se trouvent des multinationales occidentales qui profitent du travail à bas coût fourni dans les 4 500 ateliers du pays. Le prêt-à-porter fournit plus de 80 % des exportations, dirigées vers une cinquantaine d’enseignes. Les plus connues sont H&M, Wallmart, Primark, Tesco, Aldi, Zara, Carrefour et Auchan en France, etc.

Toutes ces entreprises font pression pour que la production leur soit vendue au plus bas prix, dans des délais très brefs, ce qui en fait les principales responsables des conditions de travail et des salaires lamentables des ouvriers bangladais.

De par leur nombre – plus de quatre millions – leur importance économique, leur regroupement géographique et leur volonté de ne pas se laisser écraser, les ouvrières et les ouvriers du textile bangladais représentent une force qui pourrait se faire craindre du gouvernement et des possédants du pays.

Marianne LAMIRAL