Philippe brandit la matraque

09 Janvier 2019

Lundi 7 janvier au soir, lors d’une interview sur TF1, le Premier ministre Édouard Philippe a promis pour samedi 12 janvier une exceptionnelle mobilisation policière, 80 000 policiers dont 5 000 à Paris, et une nouvelle loi contre les « casseurs » qui « n’auront pas le dernier mot dans notre pays ».

Ce projet sanctionnerait ceux qui appellent à une manifestation non déclarée, ceux qui y viennent cagoulés : «Aujourd’hui c’est une contravention, a dit Philippe, demain ce doit être un délit », méritant donc un placement en garde à vue. Le gouvernement envisagerait la création d’un fichier des personnes interdites de manifestation, sur le modèle du fichier national des interdits de stade, et des périmètres autour des manifestations pour contrôler, voire fouiller les participants.

Les déclarations sont vigoureuses, les mesures semblent drastiques, mais en réalité elles existent déjà pour l’essentiel. Lors des manifestations contre la loi El Khomri, l’état d’urgence du gouvernement précédent a servi, au nom de la lutte contre le terrorisme, à restreindre le droit à manifester.

L’état d’urgence a officiellement disparu, mais les mesures essentielles en ont été intégrées dans la loi de Sécurité intérieure, entre autres la définition des périmètres de contrôle, les mesures de surveillance individuelle et les récentes manifestations ont été suivies de condamnations massives et expéditives. Preuve en est le bilan affiché par Philippe : 5 339 gardes à vue, 1 000 condamnations, 153 mandats de dépôt, en moins de deux mois.

Plus que la nouveauté des mesures, le gouvernement multiplie les menaces dans l’espoir que cela décourage les manifestants. Il envoie aussi un signal aux forces de répression dont il ne cesse de vanter le professionnalisme, le dévouement, etc. C’est une campagne destinée aux électeurs effrayés par les reportages axés sur la violence des manifestations. C’est un appel du pied aux politiciens de droite dont il reprend presque textuellement le projet de loi, celui du groupe Les Républicains adopté au Sénat en octobre dernier.

C’est surtout le signe que le gouvernement Macron, ébranlé par ce mouvement inattendu, se met à l’air du temps : après le matraquage économique des travailleurs, le Premier ministre brandit la matraque pour mieux rallier les partisans de l’ordre.

Sylvie MARÉCHAL