Italie : des maires contre la politique antimigrants

09 Janvier 2019

Les maires de plusieurs grandes villes italiennes ont annoncé qu’ils n’appliqueraient pas le décret-loi Sécurité. Celui-ci permet au gouvernement de durcir les conditions de séjour et de travail des migrants présents dans le pays.

L’une des mesures les plus contestées est la suppression du permis de séjour humanitaire de deux ans. Celui-ci pouvait être accordé aux personnes vulnérables, familles ou femmes seules avec enfants, victimes de traumatismes et d’agressions pendant leur périple, etc.

Ces dernières années, 8 % seulement des demandeurs ont obtenu le statut de réfugié, tandis que 25 % ont accédé à ce droit de séjour humanitaire. Cela ne représente que quelques dizaines de milliers de personnes sur les dix dernières années, mais sans ce permis humanitaire, les migrants seront encore plus nombreux à être rejetés dans la clandestinité, contraints au travail au noir et à la surexploitation.

Les étrangers bénéficiant d’un permis de séjour en règle sont eux aussi attaqués par le décret-loi Sécurité qui prévoit de démanteler le système de protection des demandeurs d’asile et des réfugiés, le Sprar. Institué en 2002 par un accord entre le gouvernement et les communes, le Sprar finançait des cours de langue, l’accès à des logements ou des projets d’activités locales. C’est entre autres grâce à ces fonds que des communes de Calabre comme Riace ont pu accueillir des migrants qui ont redonné vie à ces zones dépeuplées.

C’est le maire de Palerme, du Parti démocrate de centre gauche PD, Leoluca Orlando, qui a déclaré le premier qu’il suspendait l’application du décret dans sa ville. Il a été suivi par d’autres maires PD de grandes villes comme Florence, Bergame ou Milan. Celui de Naples, d’un autre groupement de centre gauche, les a rejoints. Même le maire de Livourne, élu sous les couleurs du Mouvement 5 étoiles, au pouvoir avec la Ligue d’extrême droite, a suivi le mouvement.

Le ministre de l’Intérieur de la Ligue, Salvini, a aussitôt joué des muscles et menacé de poursuites les maires qui se mettraient hors la loi. Il a déclaré que quiconque « aide les clandestins hait les Italiens et l’Italie ». L’autre tête du gouvernement italien, le ministre du Travail du Mouvement 5 étoiles (M5S), Di Maio, est un peu moins à l’aise pour assumer cette xénophobie qu’une partie de son électorat ne partage pas. Il préfère donc insister sur les arrière-pensées politiques de ces maires « qui se mettent en campagne ».

Rejoints par plusieurs présidents de régions, les maires qui se positionnent contre le décret-loi cherchent à s’appuyer sur des arguments juridiques. Mettant en avant l’aspect anticonstitutionnel de plusieurs de ses articles, ils en appellent à la Cour constitutionnelle pour l’invalider. Leurs prises de position ont entraîné des manifestations de soutien aux migrants dans plusieurs villes, comme à Naples, ou des centaines de personnes ont manifesté en faveur de l’ouverture du port aux réfugiés.

Bien sûr, il est heureux que des notables, maires de grandes villes ou dirigeants de région, s’élèvent contre le décret-loi discriminatoire de Salvini. Mais il faut aussi rappeler que ces élus figurent parmi les notables d’un parti, le PD, qui a assumé les premières lois anti­migrants. C’est un ministre de l’Intérieur PD, Marco Minniti, qui a donné son nom à la loi criminalisant les ONG portant secours aux migrants en mer et qui a passé les accords honteux avec la Libye pour empêcher les départs vers l’Europe en général, et l’Italie en particulier. La politique de Salvini prolonge et aggrave, en affichant une xénophobie et un mépris insupportables, ce que le gouvernement PD avait commencé.

Nadia CANTALE