Gilets jaunes : la violence vient de l’État

09 Janvier 2019

« Extrême violence, attitudes de gangsters, factieux, agitateurs qui veulent l’insurrection » : Macron et ses ministres ont multiplié les invectives à l’égard des gilets jaunes au lendemain des manifestations de samedi 5 janvier, justifiant ainsi la violence des forces de répression contre les manifestants.

Alors que le gouvernement espérait l’orage passé, après les concessions minimes accordées le mois dernier et les fêtes de fin d’année, 50 000 gilets jaunes ont manifesté le 5 janvier. Ils étaient donc plus nombreux que lors des manifestations précédentes de décembre même si cela représente un cinquième de ceux du 17 novembre. Après deux mois de mobilisation, le soutien de l’opinion populaire reste majoritairement acquis aux manifestants, tant la colère contre la politique du gouvernement et la volonté de pouvoir vivre dignement de son travail sont des sentiments partagés.

Devant cette détermination, le gouvernement voudrait faire peur aux manifestants et à tous ceux tentés éventuellement de les rejoindre, dramatisant le moindre incident et déployant des moyens répressifs disproportionnés : ainsi à Paris 1 500 policiers avec tout leur attirail étaient présents pour affronter une manifestation de 3500 personnes en très grande partie pacifiques. Non seulement la violence est bien du côté de la police, mais depuis le début du mouvement chaque manifestation se solde par nombre de blessés.

Le menton levé face à la contestation, Macron et Philippe voudraient montrer à tout ce que le pays compte de tenants de l’ordre et à l’opinion bourgeoise, qu’ils peuvent continuer à compter sur eux. Pour justifier le durcissement de la police et de la justice contre ceux qui contestent leur politique, ils évoquent, relayés par les médias, un prétendu danger insurrectionnel et des atteintes à « la République » qu’ils assimilent donc aux salons dorés de leur ministère.

Des milliers d’ouvriers, de chômeurs, d’intérimaires, de femmes de ménage, de caissières ou d’infirmières qui, depuis deux mois, participent pour la première fois à un mouvement de contestation auront eu, en réponse à leurs revendications, les gaz lacrymogènes, les grenades de dispersion et les coups de matraques, voire la prison. Ils auront pu apprendre, en tout cas, que l’État et sa police protègent coûte que coûte l’ordre des riches. Quelle que soit la suite du mouvement des gilets jaunes, la leçon ne sera pas oubliée.

Jacques Le Gall