Dette publique record : le capitalisme parasite

09 Janvier 2019

La dette de l’État français dépasse maintenant 2 400 milliards d’euros, soit le niveau du produit intérieur brut (PIB), autrement dit le chiffre imprécis censé mesurer la valeur des richesses produites en un an dans le pays.

Avec une dette égale à 100 % du PIB, la France n’est certes pas la seule : la dette dépasse les 100 % du PIB aux États-Unis, plus de 130 % en Italie, plus de 180 % en Grèce, et le record est de plus de 230 % au Japon.

L’endettement de l’État n’est pas une nouveauté. Déjà les monarchies d’Ancien Régime étaient endettées auprès des bourgeois prêteurs et la Révolution de 1789, malgré une banqueroute partielle, a maintenu la dette : les bourgeois tenaient à être remboursés.

Dans la période récente, la dette publique s’est maintenue à un niveau relativement faible jusque dans les années 1970-1974 lorsqu’a commencé la crise. Ainsi en 1978, elle atteignait l’équivalent de 72,8 milliards d’euros, soit seulement 3,25 % de la dette actuelle. En 1985, elle était passée à 227 milliards d’euros et, dix ans plus tard, à 663 milliards. L’augmentation était rapide : à la fin du gouvernement Jospin, en 2002, la dette atteignait 900 milliards d’euros. Mais le comble a été atteint sous Sarkozy : durant son mandat, de 2007 à 2012, elle a grimpé de 1 200 à plus de 1 800 milliards d’euros. Le régime avait financé la crise bancaire de 2008 et le sauvetage des banques par l’intervention de l’État.

Depuis, la dette a poursuivi son bonhomme de chemin jusqu’à aujourd’hui. Son accroissement est de 70 à plus de 80 milliards d’euros selon les années (82 milliards pour le projet de budget 2018), soit plus d’un milliard supplémentaire chaque semaine, ou encore environ 2 600 euros de plus chaque seconde…

La dette grossit chaque année des emprunts effectués par l’État, ou plus exactement de la différence entre les emprunts nouveaux et le remboursement d’emprunts précédents contractés pour combler le déficit de ses comptes. Ce déficit a tendance à s’accroître avec la crise, du fait de la multiplication de ses subventions aux capitalistes. Le CICE (20 milliards, devenu pérenne sous forme de réduction de charges et doublé cette année) est connu, mais ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. Sur le site officiel aides-entreprises.fr on annonce d’emblée qu’il existe 1 671 aides différentes qui sont proposées aux entreprises. Autant dire que personne ne s’y retrouve, pas même l’administration, et qu’il est impossible de connaître exactement la quantité d’argent public qui irrigue le patronat. Le rapport officiel Queyranne, datant de 2013, l’estimait à 110 milliards (de l’époque) par an. La CGT l’évalue à 200 milliards, à comparer avec le budget de l’État, pour la partie dépenses, qui est de 330 milliards.

Mais il n’y a pas que les aides de l’État. Il y a celles de l’Europe, des régions, des départements, des municipalités, comme celles que Bordeaux a versé à Ford Blanquefort. Il y a les PPP (partenariat public-privé) comme la construction du tribunal de Paris concédé à Bouygues ou la ligne TGV Tours-Bordeaux concédée à Vinci. Ou encore les subventions comme celles versées à Ryanair pour qu’il puisse utiliser tel ou tel aéroport de province.

Les capitalistes s’enrichissent donc beaucoup grâce à l’argent public, mais ils s’enrichissent aussi en prêtant de l’argent à ce même État endetté pour les aider. Et prêter de l’argent à l’État est une excellente affaire : il honore les remboursements en empruntant de nouveau, mais les prêteurs n’y perdent rien. La charge de la dette, c’est-à-dire les intérêts payés par l’État, dépasse les 41 milliards d’euros par an. C’est le deuxième poste du budget, en passe de devenir le premier.

Les dettes des États sont ainsi un marché lucratif pour les capitalistes. Le problème n’est évidemment pas l’endettement en soi, mais à quoi et qui il sert. Or, non seulement l’État diminue les financements aux services publics et à la population pour aider les capitalistes, mais le seul résultat de ces dernières aides est d’alimenter la spéculation, et non d’aider l’économie à fonctionner dans l’intérêt de tous.

Mais qu’importe, les capitalistes profitent des deux avantages à la fois, d’un côté en étant aidés par l’État, de l’autre en lui prêtant. C’est un double parasitisme qui étouffe la société.

André VICTOR