Habitat : imposer le droit à un logement digne

02 Janvier 2019

L’habitat insalubre, loin d’être une spécificité marseillaise, concerne l’ensemble des grandes villes et de leurs banlieues. Il ne se résorbe pas avec le temps, au contraire ! Dans une étude publiée en décembre, l’Institut d’aménagement et d’urbanisme note que la dégradation progresse plus vite que les efforts pour tenter de le résorber.

L’institut recense 157 300 logements insalubres rien qu’en Île-de-France. L’habitat dégradé se décline en multiples versions, du local sans fenêtre ni aération transformé en logement par des marchands de sommeil au pavillon de banlieue divisé en plusieurs logements minuscules, en passant par le taudis aux peintures au plomb toxiques. Mais il s’agit aussi, et de plus en plus souligne l’étude, de copropriétés d’une cinquantaine d’années, habitées par des propriétaires occupants qui n’ont pas assez de moyens pour faire face aux charges d’entretien de l’immeuble.

L’habitat indigne est un aspect d’une crise du logement bien plus profonde, qui touche l’ensemble des classes populaires. Elle se traduit à un bout par la spéculation immobilière, les possibilités de défiscalisation dans l’immobilier neuf, de luxe ou de tourisme, et à l’autre par le nombre effarant de personnes mal logées ou sans logement du tout, parmi lesquelles un nombre croissant de travailleurs, dont les revenus ne suffisent même plus à trouver un toit décent.

La lutte contre l’habitat indigne supposerait, outre la prise en charge réelle par les pouvoirs publics des travaux nécessaires dans les copropriétés dégradées, une offre bien plus abondante de logements sociaux correctement construits et abordables. Et pour répondre à l’urgence immédiate, il faudrait que l’État ait la volonté politique de réquisitionner réellement les millions de logements et de bureaux vides, en les mettant aux normes d’habitation.

Au-delà, c’est un plan massif de construction de logements sociaux par l’État lui-même qui serait en mesure de passer outre les lois du marché et d’imposer la construction du million de logements sociaux qui manque dans le pays. Cela coûterait cher ? On pourrait commencer par y verser les milliards des dispositifs qui exonèrent pratiquement d’impôt les investisseurs dans la pierre, sans parler des milliards d’aides publiques en tout genre aux grands patrons.

Comme toutes les exigences vitales du monde du travail, le droit au logement des classes populaires suppose d’engager la lutte pour faire payer les capitalistes.

Nadia CANTALE