Gilets jaunes : condamnations iniques

02 Janvier 2019

Tout piteux, Macron avait annoncé lors de son intervention du 10 décembre à la télévision pour déminer le mouvement des gilets jaunes, qu’il comprenait la colère légitime des manifestants. Les violences policières à l’encontre de ceux qui se sont mobilisés, repoussés à coups de gaz lacrymogènes, de tirs de flash-ball ou de matraquages en règle, ont montré depuis le degré de compréhension du gouvernement Macron à l’égard des gilets jaunes.

Mais ce sont aussi les condamnations de plus en plus nombreuses de manifestants qui ont illustré ce que le président des riches appelle l’ordre républicain, condamnations assorties des propos injurieux du ministre de l’Intérieur Castaner « contre les factieux », et des menaces de son secrétaire d’État Laurent Nuñez. Justifiant l’arrestation d’un des porte-parole du mouvement, Nuñez en a profité pour menacer plus ou moins directement chaque gilet jaune relayant sur les réseaux sociaux un rendez-vous de mobilisation, en soulignant qu’il y a là délit d’organisation d’une manifestation non déclarée.

Ainsi, lors des seules manifestations de samedi 29 décembre à Paris, 59 gilets jaunes ont été mis en garde à vue et 22 sont menacés de poursuites judiciaires. L’un d’entre eux qui avait un bout de bois à la main sera jugé pour port d’arme et participation à un groupement formé en vue de violence ou de dégradation.

Les condamnations ne touchent guère les groupes de voyous qui profitent des manifestations pour piller des magasins ou les militants d’extrême droite qui viennent s’y entraîner à la bagarre, mais bien souvent de simples manifestants.

Une militante du PCF de la Drôme a ainsi été condamnée à trois mois de prison ferme et trois ans d’interdiction de manifester pour avoir cherché à venir en aide à un manifestant ceinturé par un policier. À Nancy, des manifestants ont été condamnés à un an de prison ferme pour un simple jet de boulons en direction des forces de l’ordre. D’autres ailleurs ont été condamnés à des peines avec sursis pour avoir eu des pétards ou des pots de la peinture dans leur sac.

À Angoulême des gilets jaunes sont mis en examen après avoir décapité lors d’une manifestation un pantin à l’effigie de Macron. Cela pourrait sembler ridicule s’ils ne risquaient jusqu’à cinq ans de prison et 45 000 euros d’amende pour « provocation non suivie d’effet à la commission d’un crime ». Est-ce la forme républicaine du rétablissement du crime de lèse-majesté ?

Macron et ses sbires voudraient intimider les gilets jaunes et tous ceux qui les soutiennent en criminalisant leurs actions. Mais même si les actions des gilets jaunes ont connu une accalmie pendant la période des fêtes, le mécontentement est toujours aussi général parmi les travailleurs. Les condamnations de manifestants et leur injustice flagrante ne peuvent qu’accroître la colère.

Gilles BOTI