Brésil : réaction affichée et attaques à venir

02 Janvier 2019

Le 1er janvier, Bolsonaro a été intronisé président du Brésil, et l’on peut s’attendre à un gouvernement dont le caractère réactionnaire sera affirmé et assumé. Même si celui auquel il succède l’était déjà passablement.

Sur vingt-deux ministres du nouveau gouvernement, sept sont des militaires, à la retraite il est vrai. C’est davantage qu’au lendemain du coup d’État militaire de 1964. Affront calculé, le gouvernement ne comprend aucun Noir, et deux femmes seulement. Quant à celle qui est chargée des Droits de l’homme, des femmes et de la famille, c’est une pasteure mystique et antiavortement.

Tout au long de la campagne électorale, et dans les deux mois qui ont suivi, Bolsonaro a répété qu’il voulait armer les honnêtes gens, baisser les impôts, lutter contre la corruption, contre les Indiens, contre les paysans sans terre, contre la gauche et le communisme dans les écoles et dans la société. Pour complaire à la bourgeoisie, il a pris comme ministre de l’Économie Paulo Guedes, un banquier qui veut privatiser à tour de bras et laisser toute liberté aux patrons. À la Justice, il a mis Sergio Moro, le juge de Curitiba qui a emprisonné Lula et mené les enquêtes contre le Parti des travailleurs. On sait qu’il aura l’appui du lobby des armes, des Églises évangélistes et du secteur de l’agrobusiness. Mais cela ne lui donne ni programme politique précis ni majorité pour l’appliquer.

Le parti de Bolsonaro, le PSL, ne dispose que de 52 députés sur 513, quatre de moins que le PT. Il lui faudra donc trouver des alliés, et les récompenser, avec corruption à l’appui. Ces alliés ne formeront certainement pas un front uni, pas plus que ses ministres, les uns étant partisans et les autres ennemis de l’intervention de l’État dans l’économie, des privatisations, de la soumission aux États-Unis, de la réforme des retraites, etc. Au cours de la campagne, Bolsonaro a dit tout et son contraire. Mais une fois au gouvernement, il lui sera plus difficile de faire de même.

Ainsi Bolsonaro s’est affiché comme l’ami d’Israël, il a annoncé qu’il fixerait à Jérusalem l’ambassade brésilienne et Netanyahou était présent à son investiture. Mais cela inquiète déjà ses soutiens du lobby des producteurs de viande de bœuf et de poulet, qui ont pour marché principal les pays musulmans du Moyen-Orient.

À n’en pas douter, Bolsonaro mènera une politique réactionnaire, dans la continuité de celle de Temer ces deux dernières années, mais aussi avec bien des points communs avec celle menée par Dilma Rousseff et Lula avant lui. Son action aura à tenir compte de ses alliés, de la situation économique du pays, des exigences de la bourgeoisie nationale et impérialiste. Mais ce ne sont certainement pas ceux-là, en tout cas, qui s’opposeront aux attaques qu’il prépare contre la classe ouvrière.

Ainsi la réforme des retraites que Bolsonaro annonce pour bientôt serait une attaque en règle contre les travailleurs, qu’en fait ses prédécesseurs Dilma Rousseff et Temer ont préparée sans la proposer au vote. Mais s’il l’entreprend, il n’est pas dit que le nouveau président emporte l’épreuve de force.

Vincent GELAS